27 novembre 2006
Café politique sur l'école : pour une conception moins élitiste
« On n’est pas très sérieux quand on a 17 ans » écrivait le jeune Arthur. On est parfois très (trop ?) sérieux quand on a quinze ans et qu’on est, comme on dit, un enfant des cités...
Le jeune interviewé dans cette vidéo est d’autant plus dérangeant qu’il ne théorise pas. Il constate. L’un de ses frères galère à bac + 5. Un autre frère gagne très bien sa vie avec un « métier manuel », comme on dit. Alors, pour lui, son choix est fait. Apte ou pas aux longues études, ce sera plomberie, « parce qu’il faut se dépêcher de travailler pour pouvoir ensuite payer sa retraite ». A quinze ans !
En ce samedi après-midi ensoleillé, le sympathique troquet face à l’église de Bures est plein à craquer de militants, mais surtout de profs ou de quidams venus en voisins pour dire leur insatisfaction de l’école telle qu’elle fonctionne aujourd’hui et aussi ce qu’ils attendent de changements pour qu’elle fonctionne mieux.
C’est qu’on en attend tellement, de l’école et des profs ! Former des citoyens mais aussi préparer à un métier. Et puis, donner l’éducation qu’on n’a pas eu à la maison et faire un peu l’assistante sociale. Dur métier, décidément.
Mais quelle école voulons-nous ? Anne-Marie a fait des études artistiques selon son goût puis elle a trouvé un métier selon son goût – sans aucun rapport avec ses études. Elle est pourtant bien jeune ! Preuve que les contes de fées existent encore à notre époque de chômage massif.
L’Education nationale, hélas, n’entend pas les choses de cette façon. Dans la grande tradition napoléonienne, tout se passe comme si sa principale mission, son obsession, restait de sélectionner une élite matheuse ou de haute fonction publique, et advienne que pourra des autres. Une élite conçue pour se reproduire. Sur la base de programmes élaborés, c’est bien connu, par des « pédagogues » qui n’ont jamais enseigné de leur vie, et dont les pédantesques leçons ne sont même pas compréhensibles par les enseignants censés les apprendre à leurs élèves.
Mais voilà. Si tu n’as pas au bon moment le niveau pré-formaté en français et surtout en maths, tu seras peintre en bâtiment mon fils. Pourquoi pas ? C’est un excellent métier. Encore faut-il en avoir la vocation. Certains réussissent pourtant, par chance, à passer à côté du laminoir. Cancre au lycée, cette dame blonde a fini par trouver sa voie et par faire de brillantes études universitaires. Chacun son rythme. Mais c’était au temps des trente glorieuses…
Alors, cette sélection, c’est ce que le ministère attend des profs. A eux de désigner les candidats aux filières courtes. Pas question de s’intéresser au « potentiel » des élèves à la traîne, il faut é-li-mi-ner. Parfois, la mort dans l’âme.
La sélection, cette passion française ! Alors que d’autres pays, comme la Finlande, s’interdisent de noter les élèves, en France, tout semble organisé pour persuader les plus fragiles qu’ils sont nuls et qu’ils n’y arriveront jamais. Et, au vu du taux d’échec scolaire, cela marche ! Proviseur dans un lycée pilote, Stéphane ne note pas les élèves avant l’âge de seize ans. Résultat : le taux de redoublement a été réduit à 2% pour un taux de réussite au bac identique.
Ah, ce redoublement ! Encore une spécificité française ! Loin d’augmenter les chances de l’élève, il l’enfonce dans l’échec. Quelle gabegie ! Pour les exclus du système, on s’invente une nouvelle panacée : l’apprentissage. Malgré des patrons souvent réticents, qui font miroiter un stage à un élève avant de se désister au dernier moment… Cette ouverture sur le monde professionnel, bien sûr, est une bonne chose. Mais pourquoi la réserver aux élèves qui réussissent le moins bien ? Et pourquoi la limiter aux entreprises et ne pas l’élargir à tout ce qui forme la vie de la cité : les mairies, les associations… ? Pourquoi, surtout, les professeurs des filières traditionnelles restent-ils obstinément coupés de toute expérience de l’entreprise, alors qu’ils sont censés
Le bilan de notre système est accablant. Chaque année, 80 000 élèves quittent l’école sans diplôme et 70 000 sans aucune formation, soit 10% du total des scolarisés. Devinez leur origine sociale… En 2002, selon le ministère de la Défense, 12% des jeunes appelés avaient du mal à lire des textes simples.
Mais ce « mammouth » qu'est le ministère de l'Education nationale, coupé du terrain, est-il réformable ? Pourquoi n’existe-t-il aucun système d’évaluation de l’efficience de notre école ? Qui osera s’attaquer à ce tabou ?
Terminons sur une note optimiste. L’école est bien réformable… par le bas. Par l’audace et l’imagination des équipes éducatives, dont il faudrait mieux tirer et généraliser les conclusions. Par une meilleure ouverture sur la cité, une meilleure implication des parents dans les équipes éducatives, dans le cadre d’un projet d’établissement, comme cela se pratique notamment aux Ulis. Un simple changement de mentalité, porter un regard bienveillant au lieu de chercher la faille, peut rendre à notre école la vocation citoyenne qu’elle semble avoir égaré en route, ce qui n’est pas incompatible, bien au contraire, avec la mission de former des salariés disposant des bases culturelles suffisantes pour s’adapter à une économie toujours plus « high tech » et mobile.
NB – Ceux dont j’ai omis ou déformé les idées sont cordialement invités à intervenir sur le site ! Les autres aussi, évidemment.
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