10 décembre 2007
Grenelle de l'environnement : illusion perdue ?
Tout changer pour que rien ne change. Une fois de plus, c’est la devise du Guépard que l’on risque de devoir appliquer au Grenelle de l’environnement et la déception pourrait être à la hauteur des espoirs que cette grand’messe avait naïvement suscités.
Nous avions là deux ministres dont la sincérité de l’engagement écologique ne saurait être mise en doute. Associant douceur et fermeté, ils avaient réussi l’exploit de rassembler autour de la table paysans bio et exploitants agro-industriels, ONG environnementales et chimistes – un exploit digne de celui d’un Clinton à Camp David.
Hormis les inflexibles de l’anti-nucléaire, tout le monde était là et tout le monde était reparti plutôt content.
Et puis, peu à peu, le mirage s’estompe.
La divinité bagnole ? Elle reste sur son trône. Non content de ne pas imposer aux constructeurs de limitation de vitesse à leurs bolides, non content de ne pas donner de vrais encouragements à la recherche de carburants alternatifs (l’hydrogène, seule vraie solution d’avenir, est toujours interdit en France !), il aura suffi de quelques courriels de mécontents pour que le ministère renonce à abaisser à 120 km/h la vitesse maximale sur autoroute, comme c’est déjà le cas depuis longtemps en Suisse ou dans les pays nordiques. Au lieu de cela, on met en avant la solution contestable des biocarburants, pour la plus grande joie de – devinez qui ? – les céréaliers.
Les OGM ? Une vraie farce ! On suspend leur semence pendant toute la saison où l’on ne sème pas. Dès le retour du printemps, quand il sera temps de semer, on verra revenir hirondelles et OGM.
Les pesticides ? Alors que leur nocivité pour la santé et l'environnement est amplement démontrée, peut-on encore croire à la volonté ministérielle de réduire leur usage? Dans les Antilles, région sinistrée, le président du Cran vient de démissionner de la mission d’enquête que lui avait confié le ministre Borloo, ne supportant plus, selon ses dires, les pressions lui interdisant toute mise en cause du bien nommé chlordécone, ce pesticide ravageur.
Bref, comme en politique étrangère, c’est la Real Politik qui prend très vite le relais après les belles envolées. On préfère la culpabilisation du simple citoyen à la pression sur ceux à qui la dégradation de l'environnement rapporte des fortunes. Et notre prince – président, pas si puissant qu’il n’en a l’air, apparaît de plus en plus comme le représentant de commerce et le chargé de com des bons vieux lobbies industriels, vrais maîtres de la France.
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