09 mai 2007
L'hommage de Bernard-Henri Lévy
He bien oui.
Au risque de surprendre, je pense que Ségolène Royal a fait une bonne campagne.
Elle a perdu, c’est entendu.
Et perdu plus lourdement que ne le donnaient à penser, ces derniers mois, les prévisions.
Mais elle a perdu pour des raisons que l’on commence à bien cerner et dont je prétends, moi, qu’elles sont à son honneur.
Elle a été diabolisée, d’abord. On a beaucoup parlé - et on avait raison - de la tentative de diabolisation dont fut victime son adversaire. Mais autrement plus insidieuse, donc plus ruineuse, fut la diabolisation qui l’a poursuivie, elle, depuis ses premiers pas. Incompétente quand elle la fermait ; agressive quand elle l’ouvrait… N’ayant rien à dire quand elle prenait le temps d’écouter ses électeurs ; scandaleuse quand elle rompait le silence (les 35 heures) ou brisait les orthodoxies (ses prises de position, si courageuses, sur le nucléaire iranien ou le Darfour)… Bécassine, enfin, avant son débat avec Sarkozy ; Cruella après et, surtout, pendant - quand elle a commis le crime de lèse future majesté de l’interrompre, interpeller, ne rien laisser passer, le mettre dans les cordes… Ce n’est plus une femme, gronda la rumeur, c’est une sorcière. Ce n’était plus la douce, la maternelle Ségolène, c’était un bretteur, une tueuse - voyez ces yeux minces où passent des épées de feu ; entendez cette voix de mauvaise sirène, une octave trop haut, si dure… Ah l’increvable misogynie des Français et souvent, malheureusement, des Françaises ! J’ai aimé, moi, cette dernière image dans ce dernier débat. J’ai aimé la stature qu’elle a prise à cet instant - et la belle droiture qui émanait de son regard et de son port. Elle honorait la gauche, cette droiture. Et elle honorait la France.
Elle a livré bataille, deuxièmement, à un moment d’inflexion, mais encore, hélas, de suspens, où il devenait clair que la vieille stratégie d’union des gauches n’avait plus de chance de l’emporter mais où la nouvelle stratégie d’alliance avec le centre restait trop insolite, inédite, bref, révolutionnaire, pour passer le cap des hypothèses et retourner, réellement, les esprits. Madame Royal a dit les mots qu’il fallait dire. Elle a fait les gestes qu’il fallait faire. Peut-être, d’ailleurs, le grand débat de la campagne, celui qui restera, celui qui fit bouger les lignes en même temps que, au passage, les liturgies cathodiques, fut-il ce débat avec Bayrou dont elle a pris l’initiative et qui ouvrait, on le verra maintenant très vite, un vrai nouveau chapitre de l‘histoire politique française. Mais voilà… Il était trop tôt... On a dit, ici ou là, qu’il était trop tard, que c’est avant qu’il fallait le dire, avant qu’il fallait le faire, etc. Non, voyons. Le contraire. Il était trop tôt dans le siècle. Trop tôt dans l’histoire du pays. Sauf que c’est elle, Madame Royal, qui, trop tôt ou trop tard, l’aura fait. Sauf que, ce big bang rêvé par les uns, annoncé par les autres, c’est elle, et personne d’autre, qui l’aura osé et déclenché. Pour cela, elle restera. Pour cela, même si elle a perdu, elle a gagné.
Et puis il faut bien reconnaitre, enfin, que Nicolas Sarkozy a été bon. Vraiment bon. Je veux dire par là qu’il a su surfer, avec un mélange de talent et de cynisme non moins remarquables l’un que l’autre, sur une vague de fond dont il semble que tout le monde ait, à part lui, sous-estimé la terrible puissance. Qui, parmi les commentateurs, avait-il prévu que l’éloge d’une France qui n’a jamais commis, sic, de crime contre l’humanité puisse faire recette à ce point, douze ans après les paroles de Jacques Chirac reconnaissant, au Vel d’Hiv, notre participation au crime nazi ? Qui imaginait de tels hurlements de joie et, au fond, de soulagement, chaque fois que fut dit et redit, de meeting en meeting, que la France ex-coloniale n’était coupable de rien, qu’elle n’était en dette vis-à-vis de personne et qu’elle devait être fière, au contraire, de son œuvre civilisatrice ? Qui, encore, pouvait deviner que le traumatisme de Mai 68 fût resté si vif dans les esprits que l’appel répété à « liquider » - quel mot ! – l’héritage du « parti des voyous et des casseurs » puisse faire jaillir, lui aussi, de tels geysers de fiel, de joie triste et de ressentiment ? Madame Royal a résisté à ce discours. Fidèle à la ligne tenue, sur ces sujets, peu ou prou, par nos deux derniers Présidents, elle a tenté d’endiguer ce flot de haine et de rancune. Et, de cela aussi, je lui sais gré.
Je ne parle pas - car seul le mauvais esprit gaulois en a douté - du sang-froid dont elle a fait montre, d’un bout à l’autre de l’aventure.
Je n’insiste pas - encore que le fait fût unique dans notre histoire électorale - sur la double bataille qu’il lui a fallu mener : l’une, publique, contre son adversaire; l’autre, secrète, contre les siens.
Et je n’évoque que pour mémoire, enfin, le ton et, comme dit un poète qu’elle affectionne, le « frisson nouveau » qu’elle a fait passer dans cette vieille musique socialiste qui n’en finissait pas de mourir et qui n’attendait, peut-être, que ce salutaire coup de grâce.
Tout cela, elle l’a fait. Et il faut espérer que s’en souviennent ceux qui, à partir de ce lundi matin, vont être tentés de se livrer au petit jeu de la chasse à la sorcière ou de la production de la chèvre émissaire.
Ségolène Royal est loin d’avoir dit son dernier mot – et c’est tant mieux.
Bernard Henri-Lévy
(transmis par Louahiba)
07 mai 2007
L'appel du 6 mai
Segolene-Comité de campagne-6 mai
Vidéo envoyée par da93
Le 6 mai au soir, Ségolène salue la forte mobilisation des électeurs et appelle à poursuivre le combat de la rénovation démocratique.
04 mai 2007
François Bayrou : l'interview que les médias n'ont pas répercutée
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.
François Bayrou : Bonjour.
- Le débat que vous deviez avoir sur Canal+, demain avec Ségolène Royal, a été annulé par la chaîne. Canal+ explique que les règles prévoyant l'égalité de temps de parole entre les deux finalistes du deuxième tour, empêchent l'organisation de votre dialogue avec la candidate socialiste. Comment réagissez-vous à cette annulation, François Bayrou ?
Lorsque j'ai tenu une conférence de presse, mercredi, j'ai parlé, de la part de Nicolas Sarkozy, d'intimidation et de menace. C'est exactement là qu'on en est. Ce débat qui avait été organisé à la demande de Canal+, nous avions décidé. J'avais été invité à un débat par Ségolène Royal. J'ai accepté. Et j'avais dit que si Nicolas Sarkozy m'invitait à un débat, j'accepterais aussi. Ce débat qui a suscité beaucoup d'intérêt. Je veux rappeler que Ségolène Royal et moi, nous avons ensemble recueilli près de 45% des voix. Ce qui est une part très importante des citoyens français qui ont droit à avoir des explications démocratiques entre les candidats, avoir leurs convergences et leurs divergences, avoir leurs rapprochements et au contraire, leurs affrontements.
Ce débat avait été organisé par Canal+, à la demande de la chaîne, et puis s'y était joint un certain nombre d'autres télévisions et radios. Il se trouve que ce débat a été annulé en arguant ou en prétendant qu'il y avait des règles du CSA et une demande du CSA qui empêcherait la tenue du débat, ceci est absolument faux.
- Comment le savez-vous ?
Parce que j'ai vérifié auprès du CSA ce qu'il en était. Et parce que si jamais, il y avait eu une intervention du CSA, elle aurait été susceptible de recours devant le Conseil d'Etat en référé, c'est-à-dire d'heure à heure et que nous aurions ainsi sans aucun doute, obtenu le respect de cette liberté. Il s'agit, Jean-Michel Aphatie, d'une liberté fondamentale des Français et une part des enjeux de cette élection présidentielle, c'est le respect des libertés fondamentales des Français.
Ici, par toute une série de réseaux que nous connaissons tous, qui rapprochent de très grandes puissances financières et de très grandes puissances médiatiques autour de Nicolas Sarkozy, des interventions directes sont faites auprès des rédactions, sont faites auprès des chaînes de manière que l'information se trouve verrouillée. Je n'accepterai jamais que dans mon pays, on verrouille l'information. On est en train de choisir le chemin d'une régression immense qui met en cause le droit élémentaire des Français à être informés et songez que Nicolas Sarkozy n'est pas encore élu ! Alors, qu'en sera-t-il s'il est élu !
- Dites-vous, ce matin, clairement sur RTL, François Bayrou que si Canal+ a annulé votre débat avec Ségolène Royal, c'est à la demande de Nicolas Sarkozy ?
Je n'en ai pas la preuve, mais j'en ai la certitude.
- Quand vous dites, au début de votre intervention vous l'avez dit, que le goût de l'intimidation et...
... de la menace.
- ... et de la menace de Nicolas Sarkozy ont pu jouer dans ce débat. C'est une intuition ?
C'est une certitude.
- Que vous appuyez sur quoi ?
Sur des témoignages nombreux.
- Des témoignages nombreux de gens qui vous ont dit que... ?
Des témoignages nombreux.
- Des intimidations ou des menaces ont été adressées à la direction de Canal+ pour qu'elle annule le débat ?...
Pas seulement à la direction de Canal+. A tous ceux qui s'intéressaient au débat et avaient l'intention de le retransmettre.
- C'est une accusation grave, François Bayrou ?
C'est une accusation certaine. Je dis les choses comme elles sont. Comme vous savez, je suis quelqu'un de modéré qui a toujours défendu la liberté chez nous et ailleurs. Je l'ai défendue encore en Pologne parce que Geremek se trouve sous le coup d'une menace de lui retirer son mandat de député européen ; et ce que je défends en Pologne, je le défendrai en France. Ce que j'ai défendu contre les Régimes de l'Est, je le défendrai en France. Je n'ai jamais transigé avec ce droit fondamental, cette liberté fondamentale qui est d'être informé. Ce que je dis là, Jean-Michel Aphatie, tout le monde le sait. Il n'y a pas dans ce Studio une personne qui ignore ce que je suis en train de raconter là...
- Ce que vous dites, François Bayrou, c'est que les libertés sont menacées, aujourd'hui en France ?
Je dis avec certitude qu'il y a dans l'organisation de Nicolas Sarkozy depuis longtemps une tentative de verrouiller l'information, que ceci passe par des puissances très importantes que j'ai tout au long de la campagne électorale désignée comme étant un problème pour la France. Ce réseau qui fait que se rapprochent de très grandes puissances financières, de très grandes puissances médiatiques et la puissance politique que Nicolas Sarkozy représente, il faut que vos auditeurs sachent que c'est un extraordinaire frein au progrès du pays. Un pays ne peut pas avancer s'il n'a pas l'information libre qui permet à chacun des citoyens de se faire une idée de son avenir.
Et donc, je dis avec certitude que je ne peux pas accepter que cela se fasse. Et donc autant qu'il dépendra de moi (je vous dis aussi, contrairement à toutes les informations qui ont été avancées) ce débat aura lieu parce que deux candidats qui représentent 45% des Français, c'est un droit légitime pour les Français de savoir ce qui les sépare, quelle est leur vision de l'avenir, puisque la confrontation n'a pas pu avoir lieu avant le premier tour, il faut qu'elle ait lieu entre les deux tours.
(...)
- Vous ne pouvez pas dire que les libertés publiques sont menacées et ne pas en tirer une conséquence. Vous ne pouvez pas.
J'en tire assez de conséquences pour être à votre micro et pour dire ceci avec gravité. Il y a 7 millions de personnes qui ont choisi de voter pour moi. Ces 7 millions de personnes représentent la Droite modérée pour une part, le Centre pour une grande part, une partie de la Gauche républicaine pour une autre part et des gens venus de l'écologie ou d'ailleurs. Ils ont tous un point commun. Ils pensent que pour réformer notre pays, il faut qu'il se modernise et que pour se moderniser, il est important qu'il accepte enfin, des règles démocratiques qu'il n'a jamais acceptées jusqu'à ce jour.
Or, au lieu d'aller dans le sens d'une correction de la Ve république avec des règles démocratiques mieux respectées, Nicolas Sarkozy dans sa pratique de tous les jours que nous avons sous les yeux à l'occasion du débat, il va au contraire dans le sens d'un manque aggravé de respect de ces règles. C'est la raison pour laquelle, j'ai dit l'autre jour qu'en effet, il représentait pour moi un risque pour la France, j'ai dit le risque de Nicolas Sarkozy, c'est : il ne respecte pas l'équilibre des Pouvoirs et il risque de briser la société française ; et le risque de Ségolène Royal, c'est son Programme économique et sa vision de l'Etat.
- Les deux ne sont pas équivalents, François Bayrou, vous en conviendrez, tels que vous les exposez.
Eh bien, je dis avec certitude que nous avons sous les yeux, là. Là, aujourd'hui, la preuve que cette propension ou ce choix de Nicolas Sarkozy de verrouiller l'information et le débat, est nuisible pour la France. Je ne laisserai pas faire ce genre de choses.
- Vous convenez que les deux risques que vous exposez, vous ne les présentez pas de manière équivalente, vous en convenez ?
Non, je dis que l'un est un risque d'urgence sur la vie de notre pays ; l'autre est un risque de moyen terme avec des choix économiques qui ne sont pas justes. Et je l'ai dit depuis le début.
- Plusieurs des députés appellent... de députés UDF qui vous soutiennent, qui vous ont soutenu pendant l'aventure présidentielle, appellent malgré tout, malgré ce que vous dites, à voter pour Nicolas Sarkozy ?
Oui, parce qu'ils croient, ces députés, que nous sommes revenus dans l'ancien schéma Droite-Gauche. Et moi, je vous dis qu'il ne s'agit pas du schéma Droite-Gauche. Il s'agit de quelque chose de plus important.
Quelle idée nous faisons-nous de la démocratie en France ? Et moi, ce point que nous avons sous les yeux aujourd'hui, il mérite que nous nous arrêtions une seconde, en disant : Nous n'allons pas laisser faire ça. La France, ce n'est pas un pays dans lequel, qui que ce soit, fût-il candidat avec de puissants amis à la présidence de la république, peut verrouiller l'information et empêcher la démocratie de se déployer.
- François Bayrou était l'invité de RTL, ce matin. Bonne journée.
03 mai 2007
Ripley présidente
Oui, c’est à l’héroïne d’Alien qu’elle m’a fait penser, cette battante vêtue de noir, cette femme décidée et courageuse.
D’accord, son adversaire n’avait rien d’un monstre, tout penaud qu’il était par moments à se recroqueviller sur sa chaise pourtant surélevée, sans oser la regarder en face, comme un enfant pris en faute. Malgré la précaution âprement négociée de ne pas montrer la poignée de mains, on comprenait bien à le voir sur la défensive pourquoi ce premier flic de France ne peut rentrer chez lui sans se faire accompagner de quelques dizaines de fonctionnaires de police pour le protéger. Lui qui, s’adressant aux petits vieux de son électorat, prétend pourtant se faire leur valeureux défenseur !
C’est peu dire qu’ils jouaient à contre-emploi. Pardon pour la trivialité de la remarque mais, dans ce débat, c’est bien elle qui « avait des couilles » !
De quoi faire entrer enfin dans les esprits les plus rétrogrades, ceux des dames éduquées dans la religion de la femme soumise, ceux des beaufs d’avant 68 et des ados arborant leur virilité comme un substitut de personnalité et d’intelligence, que oui, décidément, Ripley est la mieux placée pour les protéger d’Alien !
Quel Alien, direz-vous ? Mais la mondialisation non maîtrisée, pardi ! Les emplois qui s’en vont en Chine, les amis du pouvoir qui filent aux Bahamas avec la caisse en faisant un pied de nez aux salariés sur la paille, les jeunes déboussolés qui, instruits par ces exemples, ne croient plus qu’à la loi du plus fort et à la suprématie du fric…
Les commentateurs n’ont pas fini d’épiloguer sur la séquence de la loi Handiscol. Cela sentait le piège soigneusement concoté par des gourous. Provoquons la sur ce qui lui tient le plus à cœur, calculaient-ils, et nous lui ferons perdre son beau sourire. Pari gagné, mais victoire à la Pyrrhus ! Car, sur ce dossier, elle a montré à la fois son humanité, sa fraicheur, sa capacité à défendre les plus faibles, face à l’hypocrisie et au cynisme de son adversaire. Et sa colère si froide et maîtrisée, colère de louve défendant sa nichée contre les chacals, ne faisait que davantage contraste avec ce que l’on sait des emportements de son adversaire, toujours dictés non par la compassion mais par un ego ombrageux.
La presse du pouvoir se plaira sans doute à seriner la plus grande compétence du candidat de droite en matière économique. Vous parlez d’une compétence ! Pour lui, tous les maux économiques de la France se résument aux 35 heures, quand toutes ses difficultés sociétales découlent de Cohn-Bendit ! Plus simpliste que ça, c’est Casimir président !
Pour résumer sa théorie, la gauche aurait obligé les Français à feignasser et ce serait pour ça qu’ils ne sont pas aussi riches que certains de leurs voisins. Faisons plus d’heures sup’, et nous aurons plus de croissance ! Comme s'il suffisait de vouloir travailler pour avoir du travail ! Ainsi que le notait récemment un journal de la presse économique anglo-saxonne : « si la droite remporte ces élections, elle le devra à l’ignorance des Français pour les questions économiques ». Mais sont-ils vraiment si ignares ?
L’enjeu de ce débat, chacun le dit, était de démontrer aux sceptiques la fameuse stature qui fait le président ou la présidente : l'autorité pour l'une, la maîtrise de soi pour l'autre. Dans ce drôle de combat de boxe, c’est la femme qui a porté les coups les plus rudes, tant de sa droite que de sa gauche, face à un adversaire misant sur son jeu de jambes pour esquiver les coups. Il n’a pas été KO, non. Mais il perdra probablement aux points. 
02 mai 2007
Un mai 68 tranquille
Nous étions 60 000 selon le PS, 55 000 selon la police, 40 000 selon l’AFP.
Pourquoi 40 000 ? Pour une question de parité, pardi ! Ces 40 000 sont le nombre officiel de participants au meeting du candidat de la droite néo-conservatrice : 20 000 sièges dans la salle de Bercy, 20 000 probablement sur les genoux des premiers, quelques centaines dehors, au plus, aux dires des témoins.
Le comptage le plus précis, après tout, c’est peut-être le plus subjectif. Comme celui du journaliste de France Culture ce matin : il y aurait eu « foule » au meeting de Monsieur Sarkozy, « marée humaine » à celui de Madame Royal. Si je ne donne pas le nom de ce journaliste, c’est qu’il reste encore assez de jours avant la victoire de notre candidate pour qu’il ait le temps de se faire virer…
Non, nous ne chipoterons sur les chiffres, fatalement sous-évalués par tout le monde. Comment comptabiliser tous ceux qui, comme nous, pour avoir sous-estimé le pouvoir d’attraction de Ségolène, sont arrivés insuffisamment en avance et se sont trouvés face aux portes, fermées plus d’une heure avant l’heure quand les tribunes et les pelouses eurent fait le plein au-delà du raisonnable (40 000 personnes entassées dans un stade qui en contient 30 000) ? Ceux qui, faute d’être assez agiles pour escalader les hautes grilles, ont dû refluer sur ce boulevard si joliment réhabilité par la commune de Paris, échangeant les potins, quémandant les derniers gadgets de campagne, ne se résignant pas à s’arracher à cette ambiance de kermesse, ou pour tout dire de fête de l’Huma ? Des gens de tous milieux, de toutes ethnies, de tous âges, mais surtout des jeunes, et dans l'air comme un parfum de mai 68 tranquille, ces gens qui se sourient, qui s'interpellent gaiement...
Nous avons pourtant fini par nous en retourner regarder le meeting dans nos foyers, en soirées télé improvisées, qui sur BFM TV, qui sur Internet...
Après tout, voir le sourire épanoui de Ruth El Krief, nouvelle groupie, elle si réticente il y a peu envers notre candidate, cela console en partie de n’avoir pu entrer dans la fête !
Voir surtout s’avancer notre candidate, si frêle et si forte, cette « femme debout » qui a tant appris si vite, cet épicentre de notre séisme, qui porte avec un si beau sourire, sans effort apparent, tant d’espérance de tant de gens !
Mais comment fait-elle pour simplement tenir, cette femme, cet honneur de toutes les femmes ? C’est la question que maintenant tout le monde se pose, à commencer par les plus réticents du départ, celles et ceux qui l’ont toujours sous-estimée, justement (sans oser le dire) parce qu’elle est une femme !
A travers elle, qui à présent écarte les bras en un geste christique et lance des paroles d’amour et de réconciliation, nous avons l’impression d’assister à l’assomption de toutes les femmes. C'est presque "too much", cette dimension quasi religieuse de la politique !
Mais non, rassurez-vous, elle est bien la candidate de la laïcité, bien sûr, et surtout de l’Etat modeste, des pouvoirs restaurés du Parlement, de l’indépendance des contre-pouvoirs, de la démocratie participative et des jurys de citoyens ! Alors, puisque c’est sans danger, pourquoi se priver de la jouissance de cet instant de pur unanimisme ?
Elle dit que nous lui avons beaucoup donné et combien c’est vrai ! Mais combien elle nous a donné elle-même ! Et comme nous avons de la chance d’élire notre président(e) au lieu de nous contenter, comme nombre de nos voisins européens, de désigner la coalition de partis politiques majoritaire dont le chef de la principale formation fera office de premier ministre sous la houlette d'un chef d'etat potiche !
Le général de Gaulle l’a voulu. Le président sortant a dévoyé cette alchimie, rendant le maintien de cette constitution impossible. Suprême paradoxe, celle à qui reviendra la charge de tourner la page aura été, sous ce rapport, la candidate la plus authentiquement gaulliste depuis de Gaulle. Ou depuis un certain François Mitterrand…
Voir l’interview du dernier des gaullistes.
29 avril 2007
La plus belle affiche du quinquennat !
Pour tirer un trait sur un quinquennat particulièrement morose, et préparer dans la joie le grand changement, ne manquez pas la grande fête de Charléty, mardi 1er mai à partir de 15 heures !
Il ya aura Ségolène, bien sûr, et pour l’accompagner un plateau exceptionnel de vedettes, dont :
Bénabar, Cali, Michel Delpech, Lény Escudero, Indochine, Rachida Khalil, Kéry James, Alain Llorca, Mokobé, Georges Moustaki, Yannick Noah, Renaud, Olivia Ruiz, Sanseverino, la grande Sophie, les Têtes Raides, Tikenjah…
Cette fin de campagne sera résolument festive…
20 avril 2007
Ségolène Royal s’adresse aux grands parents
Chère Madame, Cher Monsieur,
Je m’adresse à vous parce que je vous porte une attention et un respect particuliers, à vous qui avez transmis et transmettez encore en ce moment à vos enfants et vos petits-enfants les trésors d’énergie, d’intelligence et de solidarité qui font la France d’aujourd’hui, tout simplement.
Je vous écris avec gravité, car j’ai pour notre pays, et pour notre peuple, un attachement profond que je veux partager avec vous.
Durant de nombreux mois, j’ai entendu vos désirs d’avenir, vos inquiétudes, vos colères mais aussi vos espoirs, pour vous et les vôtres, pour vos enfants, vos petits-enfants et même vos arrière-petits-enfants !
Je veux remettre le pays debout. Mais j’ai besoin, pour réussir dans cette tâche, de votre soutien et de votre engagement. C’est vous qui transmettez à vos descendants le sens de la responsabilité et de l’effort. C’est vous qui animez les familles qui sont au cœur du pacte présidentiel que je propose à la France.
Je ne peux m’adresser à vous sans aborder un sujet grave : celui de vos retraites d’aujourd’hui et de demain. Malheureusement, l’actuelle majorité a créé dans ce domaine une véritable bombe à retardement. Progressivement, par des mécanismes complexes et peu visibles, vos retraites diminuent et votre pouvoir d’achat est rogné.
Je n’accepte pas, pour ma part, que la qualité et même la dignité de la vie des plus anciens soit menacée par des politiques imprévoyantes. Il faut garantir le financement des retraites d’une manière beaucoup plus solide, et nous interdire la pauvreté de nos aînés : elle serait indigne de la France.
C’est un enjeu de civilisation. Travailler plus pour gagner plus est une phrase creuse pour ceux qui, comme vous, ne travaillent plus aujourd’hui en raison de leur âge. C’est, en réalité, le paravent du chacun pour soi et de la loi du plus fort. Dans ce modèle de société, les anciens sont toujours sacrifiés. Ce n’est pas ce que nous voulons pour la France.
L’ordre juste, au contraire, c’est le règne du gagnant-gagnant, du donnant-donnant. Vous avez donné votre travail et votre vie active pour votre pays et vos enfants, nous vous devons, aujourd’hui, une certaine qualité et, je le répète, une certaine dignité de vie.
Ces principes fondamentaux devront se traduire par des mesures concrètes : la revalorisation des retraites les plus modestes, mais aussi des pensions de reversion. La création d’un véritable service public de la dépendance pour que cette épreuve devienne, pour ceux qui la subissent, un temps de vie véritable et de relations maintenues avec les proches plutôt que celui de l’exclusion liée à l’âge. Tout cela est possible. Nos voisins européens le mettent déjà en œuvre. Nous n’avons que trop tardé.
La qualité de vie, pour vous comme pour tous les Français, cela signifie aussi être fermes avec ceux qui ne respectent pas les règles et s’attaquent, évidemment, aux plus faibles ! Il faudra donc créer une police de quartier qui s’appuiera sur l’expérience de la police de proximité supprimée depuis 2002. Chacun doit être conscient que ses droits sont inséparables de ses devoirs. Etre en sécurité chez vous est un « service minimum » que la République vous doit.
Mais ce que la France vous doit, surtout, c’est l’engagement à faire en sorte que les générations futures vivront au moins aussi bien et, qui sait, mieux encore que vous-mêmes. C’est aussi à cela que je m’engage, en mettant la famille, l’éducation, le travail et l’écologie au cœur de mon pacte présidentiel.
Les jeunes de vos familles ont droit à une éducation de qualité. Ils ont droit, aussi, à acquérir une expérience dans le monde du travail de manière systématique, grâce aux emplois tremplins et aux contrats première chance. Ces deux mesures permettront aux entreprises de les embaucher au lieu d’exiger systématiquement, comme c’est le cas aujourd’hui, plusieurs années d’expérience, de manière absurde : comment commencer à travailler dans ce cas !
Les générations futures ont le droit, aussi, d’hériter d’une planète préservée. Au niveau de notre pays, beaucoup peut être fait, comme l’interdiction des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) en plein champ ou le développement des énergies renouvelables. C’est en étant écologiquement irréprochables dans le cadre national que nous pourrons être exigeants au niveau international.
Tout cela est possible. Par la confiance, l’avenir devient réalité. Le pire n’est jamais sûr, et l’angoisse ou la peur doivent moins compter, dans nos choix, que la volonté et l’espoir. Face à la crise que nous connaissons, la France a besoin de calme, non de nervosité. De sagesse, non d’impatience. D’unité, non de division. D’autorité, non de brutalité.
Aujourd’hui, je veux en appeler à votre mémoire, vous qui avez aussi connu des heures sombres de l’histoire de notre pays, et vous demander : quand la France a été tentée par la peur, le repli sur elle-même et l’autoritarisme, est-ce qu’elle ne s’est pas toujours condamnée à l’impuissance et au malheur ?
Au contraire, quand notre pays s’est tourné vers l’avenir, est-ce qu’il n’a pas toujours donné le meilleur de lui-même pour devenir plus grand et plus fort ? Donnons-lui, donnez-vous à nouveau cette chance aujourd’hui !
C’est sur vous que repose la responsabilité très lourde de choisir le futur du pays pour vos enfants, non pas seulement pour cinq ou dix années, mais pour une période beaucoup plus longue, parce que les projets de civilisation qui vous sont proposés sont totalement différents.
Vous pouvez compter sur moi pour bâtir l’avenir en m’assurant de la participation de tous, c’est-à-dire de vous-mêmes et des vôtres. L’avenir du Peuple Souverain, c’est-à-dire de cette France Présidente que j’appelle de mes vœux. Une France riche d’avenir et de chances pour vous et ceux qui vous sont chers.
Je compte aussi sur vous.
Ségolène Royal
Pour en finir avec la légende de la compétence économique de la droite et de la gauche "panier percé"
Voir l’article de l’inspecteur des finances et polytechnicien Christian Sautter, étude comparative entre les programmes économiques des trois principaux candidats.
Le (presque) dernier des gaullistes est... ségoliste
De la masse des soutiens de personnalités ou d’anonymes à la candidate de gauche, nous avons choisi d’extraire celui de Jean-Marcel Jeanneney, le dernier ministre survivant du général de Gaulle hormis Pierre Messmer. Parce que nous avons trouvé spécialement indécent qu’un candidat de droite ultra-conservatrice, affichant son désir d’alignement inconditionnel sur une Amérique impériale, s’affiche au pied d’une croix de Lorraine pour revendiquer un héritage qui n’est pas le sien.
Que peut-il y avoir de gaulliste chez un homme capable de remettre en cause la réconciliation franco-allemande, grande œuvre du général, dans l’espoir de grapiller quelques voix d’extrême droite ?
Et si le vrai héritier était… notre candidate ? Le paradoxe n’est qu’apparent, comme le démontre ci-après M. Jeanneney dans sa missive parue dans le Nouvel Observateur. Après tout, dans ségoliste, il y a gaulliste…
"MADAME, je ne vous ai entendue et vue qu’à la télévision. Mais vos propos, votre manière d’être, ont fait que, depuis plusieurs mois déjà, j’étais enclin à voter pour vous le 22 avril. Ayant lu attentivement votre livre, "Maintenant", je ne doute plus de le faire.
Je suis un très vieux monsieur. Ministre du Général de Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l’honneur d’être reçu par lui à Colombey, après qu’il eut, en parfait démocrate, démissionné de la présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu’il avait décidé.
Je suis fidèle à sa mémoire. La France, au cours de sa longue histoire, n’a guère eu de chef d’Etat de cette envergure, parfaitement indépendant de toutes les puissances financières et de tous les dogmes politiques, ne se laissant intimider par quiconque, discernant ce qu’allait être l’évolution du monde et percevant ce qu’étaient les intérêts à long terme de son pays. Mais je n’ai jamais cru à la possibilité d’un gaullisme sans de Gaulle et je me suis vite désolidarisé de ses prétendus héritiers.
Cela dit – et sans vouloir vous écraser sous une telle référence en vous assimilant à cette très haute figure – j’ai le goût de vous dire que je constate d’assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres, telles qu’elles apparaissent au long de vos trois centaines de pages. D’abord le volontarisme politique, puis l’attachement à la nation, à son passé et à son avenir, comme fondement nécessaire aux solidarités entre les individus vivant sur son sol ; la prise en compte des aspirations populaires mais sans soumission systématique à l’opinion ; l’idée, que de Gaulle énonça dès mars 1968 dans un discours à Lyon, que les activités régionales sont les ressorts de la puissance économique de demain ; encore, le fait que la France, dans un mode menaçant, ne doit pas renoncer à une puissance militaire forte.
Entre vous et lui, il est encore un trait commun : quand on lui exposait un problème de façon abstraite, il vous interrompait : "Alors ! Pratiquement, que proposez-vous ?" Or toujours vous proposez ou esquissez une solution concrète.
J’ajoute que vous rejoignez le général de Gaulle sur trois points, de grande importance. Le premier est la sobriété que vous voulez dans le comportement quotidien de la présidence de la République et du gouvernement. Le deuxième est le recours à l’article 11 de la Constitution, que vous devrez inévitablement utiliser pour modifier celle-ci, en particulier concernant le Sénat. Le troisième est que, comme lui, vous vous appuyez sur un parti, ce qui est indispensable, mais que, comme lui, vous êtes d’un tempérament assez fort pour pouvoir, quand besoin est, vous en affranchir.
Madame la candidate, je vous souhaite de tout cœur bonne chance et vous assure de la grande considération que j’ai pour votre culture gouvernementale, pour votre intelligence, votre sensibilité et votre caractère."
Ose
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