07 juin 2007
La nuit des morts vivants
Amateur de cinéma fantastique, c’est le titre de ce classique qui me vient à l’esprit pour qualifier l’attitude de bon nombre de nos compatriotes face au raz-de-marée annoncé des députés godillots, face au sacre de notre nouveau guide. Leur façon de confondre législatives et plebiscite, de trouver dans l’homme en short une sorte de général Boulanger revisité par la star academy, nous fait toucher du doigt tout un pan de la France éternelle, le pan bonapartiste.
Demain, il y aura plus d’injustices, c’est sûr, la fracture sociale va s’élargir, un bras de fer va s’engager entre la collusion du CAC 40 et du gouvernement, d’une part, la France des producteurs de l’autre. Ils ne le contestent pas. Mais enfin, quoi, il faut vivre avec son temps, et notre temps est bien celui des nababs et des miséreux. Si l’on est assez malin et peu scrupuleux, on peut toujours s’en tirer…
Dans un monde comme ça, la police va avoir du boulot, heureusement qu’elle aura carte blanche !
Oh, certes, nous n’aurons plus qu’un semblant de démocratie, une démocratie croupion, ça c’est bien vrai mon pauv’Monsieur. Mais qui croit encore, à l’âge des empreintes génétiques, des puces mouchardes implantées sous la peau et des armes de destruction massive, qui croit que la démocratie ait un avenir ?
De tout cela, ils sont bien conscients. Et pourtant, lorsqu’on arrive à « coincer » un électeur qui veut bien accepter de parler politique avec nous (quoi, encore la politique, mais je croyais que les élections étaient pliées, qu’on n’allait plus parler politique pendant cinq ans, jusqu’à la réélection programmée de notre guide…), quand un Français condescend à prendre votre tract du PS avec une certaine commisération et à échanger trois mots, c’est pour dire quoi ? Pour nous parler de nos problèmes à nous, le PS, mais comment allons-nous faire pour nous redresser, allons-nous reprendre la guerre des chefs pendant cinq ans, allons-nous nous ranger derrière Machin ou plutôt derrière Chose ? Comme si les élections n’avaient été qu’un jeu télévisé, une télé réalité sans vraie incidence sur le réel.
Non, ce n’est jamais pour parler de ses problèmes à lui, l’électeur-zombie, qu’il veut bien discuter avec nous, lui qui s’apprête à s’enfoncer dans le grand sommeil politique, et tout le pays avec lui, lui déjà résigné à cette fin de l’Histoire prophétisée par un piètre disciple de Hegel.
Il y a décidément quelque chose de 1848 dans le climat actuel, quand la France rurale sacrifia la république pour se donner au prince-président. Un prince, déjà. Il y a quelque chose de 1848 dans ces socialistes qui, eux aussi, ont depuis longtemps zappé les législatives et préparent fébrilement les municipales. Ou quelque chose de 1940 ?
28 mai 2007
De Grenelle à la Berezina
Le Canard enchaîné du 23 mai 2007
T’as voulu voir Grenelle
Ils en avaient tellement envie ! Eux, les écologistes, les zozos, ceux qui veulent s’éclairer à la bougie, ceux dont la classe politique française ricane depuis trente ans, et voilà que not’ nouveau président les reçoit en petites pompes à l’Elysée ! Et leur dit tout ce qu’ils voulaient entendre : en octobre prochain, les gars, j’organise un « Grenelle de l’environnement ». Oui, Grenelle, comme en mai 68 ! Et on parlera de tout, « sans tabous »…
Et, attention, on se fixera des objectifs précis, chiffrés, sur cinq ans, ça sera du concret, du solide, pas du bla-bla. D’ailleurs, c’est l’aimable Juppé, avec sa tête de converti à l’écologie, qui va s’occuper de tout, lui et son Grand ministère du Développement durable. Affriolant, non ? Alors les neuf présidents d’associations écolos (de Greenpeace à WWF en passant par les Amis de la Terre) sont sortis de l’Elysée ravis.
« Une rencontre historique », a dit l’ami des oiseaux Bougrain Dubourg. « On met enfin de côté nos petits préjugés », dit Nicolas Hulot. Quels préjugés ? En février dernier, l’Alliance pour la planète, qui rassemble 71 associations de défense de l’environnement (dont celles qu’a reçues Sarkozy lundi), avait examiné à la loupe et noté les programmes des candidats : avec 8,5 sur 20, Sarko avait écopé d’une des pires notes écolos.
Il faut dire que l’homme « qui va faire ce qu’il dit » l’avait très nettement dit : il voulait bien tout mettre sur la table, sauf…
Sauf le nucléaire : pas question d’un moratoire sur l’EPR.
Sauf les OGM : pas question d’arrêter les essais en plein champ.
Sauf les autoroutes : pas question de cesser d’en mettre partout.
Et puis pas question non plus de déranger les tenants de l’agro-industrie qui ont fait de la France un champion mondial des pesticides, et de ses rivières parmi les plus polluées d’Europe.
Pas question, même si toutes les villes de plus de 100 000 habitants sont désormais abonnées aux pics d’ozone et de gaz carbonique (24 jours par an en moyenne) et qu’une étude de l’Inserm vient de prouver que les gaz d’échappement rendent vraiment les enfants malades (asthme et eczéma), pas question de s’attaquer à la bagnole.
Pas question non plus d’énerver nos amis chasseurs. Ni l’ami Bouygues, qui continue de couvrir la France d’antennes relais. Ni l’ami Proglio, qui trouve que 158 incinérateurs (record mondial) ne suffisent pas vraiment. Etc. Bref, si quelqu’un a de « petits préjugés » sur l’écologie, c’est bien Sarkozy !
Et justement : aujourd’hui, les Verts sont dans les choux, et l’écologie politique à la ramasse. Avant les législatives, il essaie donc de rafler la mise en montrant que, plus Vert que lui, y a pas, même à gauche. De là à croire qu’à peine élu il a de nouveau « changé »…Ah, un détail : le « Grenelle de l’environnement », qui devait avoir lieu en septembre, est repoussé à la première quinzaine d’octobre. Cas de force majeure : Nicolas Hulot doit finir un tournage pour TF1.
Jean-Luc Porquet
09 mai 2007
Brave new world
Ce qui suit n'est pas un gag. Mais on peut toujours en sourire en faisant remarquer que, si un tel fichage avait été appliqué plus tôt, de dangereux agitateurs comme Newton, Gauguin, Churchill ou Clémenceau auraient pu être recadrés dès leur plus jeune âge, avant de perturber l'ordre des choses. Comme il y a toujours un bon côté à tout, un certain Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa (pas très français, ça...) aurait sans doute été empêché de se présenter aux présidentielles pour cause d'instabilité chronique.
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Une mesure va être mise en place dans l’école primaire « Pierre MENANTEAU » au Boupère (village de Vendée, 85) dans les semaines à venir. Il s'agit du « fichage » obligatoire des enfants dès l'âge de 3 ans pour étudier les prédispositions à la criminalité, etc. (ex: mère alcoolique, père violent, divorce, etc.). Le système sera bientôt mis en place dans cette école à un stade « expérimental ». La directrice est contre mais elle est contrainte de l’appliquer, sans quoi les sanctions financières seront lourdes, pour elle et certainement pour l’école. L’Inspecteur d’Académie de Vendée (85), Mr Jeffard, est un grand adepte de Sarkozy et c’est lui qui veillera au « bon déroulement » de cette mise en place.
Ce système existe par ailleurs déjà dans une ville (ou un village) du Puy de Dôme depuis un an. Ces dossiers/fichiers existent déjà depuis un certain temps dans les écoles françaises mais seulement pour les enfants qui sont suivis (psychologiquement) ou qui ont des « problèmes » d’ordre scolaire.
Cela s’appelle le « réseau RASED » (Réseaux d'Aide Spécialisée aux Enfants en Difficulté). L’objectif de Sarkozy, c’est que l’utilisation de ces dossiers soit désormais généralisée : ces dossiers seront établis pour chaque enfant scolarisé, dès la maternelle.
La deuxième différence, c’est que personne n’avait accès à ces dossiers en dehors des directeurs d’école et dans certains cas exceptionnels, des enseignants. Ces dossiers seront maintenant mis sur internet (site faiblement sécurisé), l’intérêt étant qu’un plus grand nombre de personnes aient accès à ces dossiers.
L’autre grande particularité de ces dossiers, c’est que la nationalité de l’enfant sera désormais précisée (devient-elle en ce sens le critère d’une « prédisposition » ?).
Source : http://www.profencampagne.com/
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Et maintenant, des nouvelles de notre belle France, terre d'accueil et de colloques...
20 avril 2007
Ruptures : le constat terrifiant de la politique répressive du quinquennat
Serge Portelli est membre du Syndicat de la Magistrature. Dans Ruptures, il dresse un bilan aussi documenté que terrifiant des années Sarkozy en matière de libertés, de délinquance et de Justice. Cet ouvrage vient d'être « empêché de publication avant les élections ». A sa lecture, on comprend pourquoi…
Derrière les statistiques truquées (les crimes et délits recensés par la police représenteraient le tiers de la délinquance réelle selon l’INSEE), apparaît l’échec du tout-carcéral, politique démagogique qui instrumentalise les victimes en les exhibant au lieu de les indemniser. Nos prisons, qui sont désormais les pires de l’Europe, sont nourries par l’incarcération des malades mentaux, par l’explosion de la détention provisoire (20 000 « présumés innocents » !) due à la surcharge des tribunaux, par une procédure de « comparution immédiate » qui… traîne en longueur, par une justice automatique calquée sur l’anti-modèle américain. Pendant ce temps, la police, plus occupée à faire du chiffre qu’à nous protéger, se livre à un harcèlement en règle des mineurs et des étrangers…
Mais le plus inquiétant pour l’avenir est peut-être dans la conception très « musclée », digne du 1984 d’Orwell, que l’ex-ministre a entrepris de mettre en œuvre : fichage dès la crèche, traitement chimique des délinquants, atteintes au secret professionnel, refus de la présomption d’innocence et de l’indépendance de la justice…
L’un des grands mérites de ce livre essentiel (qui circule actuellement sur le Web, ultime espace de liberté) est d’allier un constat implacable à des propositions concrètes d’améliorations. Réservez-le chez votre libraire pour fêter la prochaine défaite de l’apprenti dictateur !
15 avril 2007
La belle histoire
Un type gentil est élu président. Il aime l’odeur des sacristies et des chevaux.
Il forme un gouvernement ambidextre avec les meilleurs, les hommes de bonne volonté, sans parti pris : Edouard Balladur et Eric Besson, Dominique de Villepin et Michel Rocard, Christine Boutin et Bernard Kouchner, Madame la carpe et Monsieur lapin… Tout le monde s’aime et collabore sans arrière-pensée au redressement du pays.
Le gentil président n’a pas de majorité. Il a la totalité des députés pour lui : qui pourrait être contre la compétence et la bonne volonté ?
La droite et la gauche sont des notions dépassées. Les patrons ne pensent qu’au bonheur des salariés qui, en retour, supplient les actionnaires de ne pas laisser augmenter leurs salaires de peur de mettre à mal le cours de leurs actions.
Dans les zoos, plus besoin de séparer les tigres et les gazelles : tous les animaux sont végétariens.
Pour le poste de premier ministre, on murmurre dans les milieux bien informés que deux personnalités de premier plan tiennent la corde : le père Noël et Winnie l’ourson.
J’ai raconté cette histoire à mon petit neveu de cinq ans et il m’a regardé d’un air navré. Puis, je l’ai raconté à un prof d’université et il m’a dit que c’était ça, la solution.
Depuis, je regarde les enfant avec plus de respect…
09 avril 2007
Attrappe-couillons
Non, je ne vous parlerai pas de « vote utile » pour Ségolène. Ce terme-là est tabou au parti socialiste. Celui qui oserait le brandir serait immédiatement taxé de chantage exercé contre d’innocents minoritaires, seuls garants des véritables intérêts du vrai peuple.
Et pourtant…
Tout le monde, à part le PS, ne se gêne pas pour le brandir, ce « vote utile », sans encourrir le reproche de chantage.
A l’extrême gauche, le vote utile implique que l’on choisisse un candidat qui défend le SMIC à 1500 euros nets tout de suite, puisés directement dans la poche des capitalistes. C’est économiquement irréaliste ? Qu’importe ! Voter utile, c’est voter pour l’irréalisable !
Chez les Verts, le vote utile, c’est choisir la candidate qui réclame un moratoire sur les OGM et sur l’EPR (d’ailleurs, je serais partisan pour ma part d’un moratoire sur les sigles en général – CPE, CNE, PV, TVA…, les sigles apportent rarement quelque chose de bon). Bien sûr, ces moratoires figurent déjà dans le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal, mais le problème, avec elle, c’est qu’elle risque d’être élue et donc de les appliquer pour de bon. Comprenne qui pourra !
Il y a aussi le vote utile à droite. C’est un nouveau concept : pour vaincre la droite, il faut voter à droite avec Bayrou. Nombre de technocrates et d’intellectuels précédemment classés à gauche seraient séduits.
Il faut dire que le vote Bayrou présente d’immenses avantages.
Primo, cela épargne à la France le ridicule d’avoir une femme à sa tête.
Deuxio, n’est-il pas rassurant, cet homme, dont l’accent rocailleux (je croirais entendre mon oncle occitan !) fleure bon le notable de Province et les discours de comices agricoles ! La France éternelle, quoi, loin des dangers de la mondialisation ! Un candidat trotskyste chasse d’ailleurs sur les mêmes terroirs, rapport au look et à l’accent…
Tertio, Bayrou veut prendre les meilleurs pour gouverner et, justement, les meilleurs c’est nous ! Du moins, tous ceux qui se bousculent pour le rejoindre en sont persuadés…
L’ennui, c’est qu’en mettant bout à bout tous ces votes utiles, on ne peut que déboucher sur un deuxième tour complètement inutile : Sarkozy contre le Pen. Vous préférez pêcher à la mouche ou à l’asticot ? Ce pourrait être ça, le vrai vote utile du second tour. Dans nos pires cauchemars.
02 avril 2007
La démocratie selon Sarkozy : un autre témoignage
Le texte suivant est un communiqué de la Société des Journalistes de France 3 :
Nicolas Sarkozy se verrait-il déjà à l'Elysée ?
Trépigne-t-il déjà en s'imaginant bientôt disposer des pleins pouvoirs ?
Sans doute grisé par les sondages qui le placent en tête du premier tour, le candidat UMP s'est récemment laissé aller à une petite crise d'autorité dans Les locaux de France 3. Une sorte de caprice régalien que l'on croyait appartenir à d'autres temps, ceux de la vénérable ORTF.
M. Sarkozy a en effet menacé de « virer » notre direction. Comme ça, sur un coup de tête. Parce qu'elle n'a pas daigné lui dérouler le tapis rouge et accourir immédiatement à sa rencontre lorsqu'il est venu, le 18 Mars dernier, participer à l'émission France Europe Express, présentée par Christine Ockrent.
A peine arrivé, Monsieur le Ministre-candidat se laisse d'abord aller à quelques grossièretés, estimant que cette émission « l'emmerde » et qu'il n'a pas envie de la faire !
Ensuite, le voici vexé de devoir attendre dans les couloirs de France 3 pour être maquillé, d'autres invités occupant déjà les lieux (et oui, France 3 ne dispose que d'une salle de maquillage). Coupable de ce « crime de lèse-Sarkozy », voici notre direction sur la sellette. « Toute cette Direction, il faut la virer », a lâché le candidat UMP, comme le rapporte Le Canard Enchaîné du 21 Mars 2007.
« Je ne peux pas le faire maintenant, mais ils ne perdent rien pour attendre. Ca ne va pas tarder ».
Les Français sont désormais prévenus ! L'une des priorités de Nicolas Sarkozy s'il est élu président de la République sera de couper des têtes à France 3. A la trappe ces directeurs qui tardent à exécuter les courbettes.
Le Ministre-candidat avait déjà habitué notre rédaction à ses poses agacées, à ses humeurs dans nos locaux, face à une rédaction qui ne lui semble manifestement pas suffisamment docile. Comme cette récente provocation gratuite à l'adresse d'un journaliste du service politique « ça ne doit pas être facile de me suivre quand on est journaliste de gauche ! ».
Désormais, c'est à la direction qu'il veut s'en prendre ?
La Société des Journalistes de la Rédaction Nationale
Non, Monsieur Sarkozy, les journalistes de la Rédaction Nationale
Par respect pour eux, pour leur intelligence, nous n'accepterons jamais aucune forme de mise sous tutelle politique. Ni de votre part, ni de la part d'aucun autre candidat.
A bon entendeur.
La Société des Journalistes de France 3. Le 23 Mars 2007
28 mars 2007
La démocratie selon Sarkozy : un témoignage
C’est l’histoire de deux jeunes de 20 ans qui souhaitaient assister au meeting d’un candidat se présentant aux élections présidentielles.
Les deux jeunes rentrent sans aucun problème à l’intérieur. Ils sont même très vite sollicités par des militants qui leur donnent pancartes et autocollants.
Après quelques minutes, ils répondent aux questions de deux journalistes du journal de Karl Zéro (http://www.lejt2zero.fr voir au 26 mars). Durant cet interview, Ils ne cachent pas leur non appartenance à ce parti mais expliquent qu’ils désirent écouter le programme de ce candidat.
Les deux jeunes attendent alors dans le calme le début du meeting.
10 minutes après l’interview, trois grands gaillards de la sécurité leur demandent leurs cartons d’invitation que, après confirmation des journalistes, personne n’avait. Les vigiles leur demandent fermement de les suivre afin de s’expliquer.
Durant leur expulsion du meeting, quelques militants chargés de l’organisation approuvaient avec insistance leur départ forcé en employant des termes peu respectables tels que « virez les, ils n’ont rien à faire ici ».
Suite à cela les deux jeunes sont amenés à 200 mètres de la salle et priés de ne plus revenir de la soirée.
Les deux jeunes ont donc quitté les lieux en étant indignés de cette pratique peu démocratique de la part d’un prétendant au poste de président de la république.
Cette histoire est réelle, nous l’avons vécu Mardi 20 Mars 2007 au grand-Dôme de Villebon-sur-Yvette (91) et le candidat en question est Monsieur Nicolas SARKOZY.
Les deux jeunes, c’est nous. Louis Devilleneuve et Vincent Venault.
Une dernière chose, le 22 Avril prochain a lieu le premier tour des élections présidentielles, étudiez donc bien le profil et le programme de chaque candidat car l’avenir de la liberté de chacun en dépend.
Louis et Vincent.
21 mars 2007
Tranche de vie : les chiens de garde du ministre
Cela faisait un peu plus d’une semaine qu’il y avait quelque chose dans l’air. Indéfinissable comme un lointain relent de station d’épuration. Des voitures de police ou de gendarmerie sillonnaient la grand’rue de notre petite banlieue bobo aux allures de village. Des affiches fleurissaient à la gloire de la députée locale, UMP, et du candidat qu’elle soutient, dressé sur ses ergots, avec son air un tantinet arrogant et quand même un peu étonné d’être arrivé si haut. Elles fleurissaient sur nos murs comme la mauvaise herbe, à une allure telle qu’elles n’avaient pas le temps d’être vandalisées par les jeunes du quartier avant que nous les recouvrions du sourire bienveillant de notre candidate. Il faut dire que nous sommes des rapides…
Et puis, il y a eu des tracts et on a su : il allait venir dans la salle d’entraînement de nos volleyeuses, à deux pas de chez nous. Une nuisance à subir au nom de la liberté d’expression républicaine !
Que faisaient les voitures de police ? Elles surveillaient, allant jusqu’à demander à une camarade de qui étaient les tracts qu’elle distribuait, puis à lui demander ses papiers et à la prendre en photo sur sa réponse peu amène à l’égard du candidat – ministre de l’intérieur. La voilà fichée pour plus tard. Au cas où.
C’est ce qu’on appelle « l’impartialité de l’Etat » !
Notre maire « apolitique » (euphémisme habituel pour désigner le centre droit) avait annoncé qu’il se rendrait à ce meeting par courtoisie, pour accueillir le candidat – ministre, mais qu’il en ferait autant si Ségolène venait parmi nous. Promesse qui n’engage à rien puisqu’il a été dit qu’elle ne se rendrait pas à Villebon. Trop de banlieues à visiter, et de bien plus « chaudes » que la nôtre. De celles où le ministre n’ose pas aller…
Et puis le jour de gloire est arrivé. Alternance de brèves éclaircies et de tempêtes de grêle, à l’image des chiffres du chômage ou de l’insécurité. En milieu d’après-midi, toute la police est déployée et les cars se suivent à la queue leu leu, apportant leur ration de jeunes des foyers du troisième âge.
Une voiture de police s’approche de nous alors que nous sommes en train de recouvrir une affiche au slogan inquiétant : « Tout devient possible »… et surtout le pire.
Bref échange :
- Vous veillez sur les affiches d’un candidat ? Voilà qui devrait intéresser le Canard enchaîné !
- Pas du tout. Nous sommes de gauche.
Et si c’était vrai ? Ils s’éloignent après nous avoir souhaité bonne journée… et relevé le matricule de la voiture. L’Etat policier devra attendre après les élections ! Enfin, seulement s'il gagne...
Pendant ce temps-là, d’autres camarades s’égaillent le long de la N 20. Moins chanceux que nous, ils doivent affronter les occupants patibulaires de trois voitures. Va-t-on assister à une bagarre de colleurs d’affiches dans la grande tradition ? Le physique imposant des jeunes hockeyeurs qui accompagnent la camarade suffit à calmer les ardeurs.
Un peu plus tard, sous les yeux éberlués des passagers des cars coincés dans l’embouteillage, nous entreprenons d’arracher des affiches solidement fixées sur… des poubelles. En même temps, nous nous demandons s’il ne faudrait pas mieux les laisser là, à leur vraie place. Mais cela risquerait de perturber le tri sélectif, nos concitoyens ne sachant plus si le slogan « tout est possible » est une invite à mélanger les vieux Figaro avec les bouteilles de coca usagées.
Nous aurions aimé pouvoir en dire plus, raconter de l’intérieur des anecdotes croustillantes sur ce meeting et sa star improbable. Nous n’avons pas trouvé de volontaire pour y assister. Il aurait fallu offrir au moins une photo dédicacée de Ségolène en guise de dédommagement pour convaincre un camarade d’aller écouter ce ministre, au demeurant excellent acteur à ce qu’il paraît ! Mais ce sont les paroles de sa pièce qui ne nous vont pas. Elles font trop penser par moments à ces harangues de comptoir où des formules à l’emporte-pièce comme « les chômeurs c'est des feignants » ou « je suis pas raciste mais je dis qu'y yaka les renvoyer chez eux » reviennent en leitmotiv. Et où un prénom revient avec insistance : Jean-Marie.
Patron, s’il vous plait, ne nous remettez pas ça...
27 février 2007
Zéro pointé
Hier, lundi 26 février, auditeurs de RMC Info et spectateurs de BFM TV ont eu droit à un grand moment médiatique.
Interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur la branche de l'Islam à laquelle appartiennent les chefs d'Al Qaïda, le candidat sortant n'a pas été en en mesure de répondre. Alors qu’il suffit de regarder la télé ou de lire un journal pour savoir que, quotidiennement, les milices sunnites d’Al Qaida prennent pour cibles les chiites !
Mieux : titillé par un intervieweur pour une fois sans complaisance, notre présidentiable au miroir a fini par lâcher que ce n’était pas une affaire « d’ethnie » !
Pour un supposé ministre de l'Intérieur, par ailleurs chargé des cultes, voilà qui est fort ! S’il prend l’islam sunnite ou chiite pour des ethnies, sans doute prend-il dans la foulée les luthériens pour des amateurs de luth et les calvinistes pour des chauves refusant le port de la perruque ? Il faudrait songer à l’interroger là-dessus.
Mieux vaut en rire, peut-être, mais c’est quand même inquiétant, s’agissant de l’homme chargé d’assurer l’harmonie entre les religions et la lutte contre le terrorisme. Un homme censé représenter notre pays dans les réunions internationales où l’on traite de ces questions et qui, demain, se voudrait la voix de la France sur l’ensemble des questions…
Ne devrait-on pas d’urgence l’envoyer en formation ? Histoire d’assurer son employabilité après sa défaite…






