Orge et Yvette pour Ségolène

Blog du comité désirs d'avenir de l'Orge et de l'Yvette

18 juin 2007

Le nouvel appel de Stockholm

stockholm_skyline_3Appel à Ségolène ROYAL

Nous sommes des militants de Désirs d’Avenir, depuis les premières heures, et membres du Parti Socialiste. Les défaites que nous venons de vivre nous conduisent à lancer cet appel, pour éviter la démobilisation après les mois difficiles que nous venons de vivre.

Votre souci de l’intérêt général, votre vision moderne du monde et de la France, votre refus de vous laisser brider par les tabous d’un autre siècle et votre vision d’une société solidaire vous ont permis de mobiliser 17 millions de français, mais aussi la majorité des militants PS, et des centaines de milliers de participants et d'adhérents de Désirs d'Avenir. Aujourd'hui, nous sommes prêts à vous soutenir dans vos projets et à faire de vous à la fois le chef d’une opposition déterminée qui conserve le souci de l’intérêt général, et une force de proposition qui pèse dans les débats politiques.

Pour cela, il est nécessaire que le Parti Socialiste se restructure rapidement, et se dote d’une nouvelle direction dont vous êtes la seule à même de prendre la tête. Et le Parti Socialiste doit être modernisé avec un fonctionnement plus démocratique : les militants doivent se prononcer directement sur un certain nombre de sujets, sur le modèle de Désirs d' Avenir, alors que la parole est aujourd'hui confisquée par un petit nombre, sur le modèle de la société française. Le projet du Parti Socialiste pour 2012 doit être le fruit d'un travail participatif de ses militants, et nous, militant de Désirs d'Avenir, nous sommes prêts à nous y investir.

Enfin, nos défaites de mai et juin mettent en évidence les difficultés d’une approche floue, avec un projet qui, quelle que soit sa valeur, ne représente qu’un plus petit commun dénominateur entre courants antagonistes. Les socialistes, les militants de Désirs d’Avenir, les Français attendent de vous une orientation claire, forte, moderne et originale. Comme les grands partis socialistes européens modernes, nous ressentons le besoin de porter les valeurs des social-démocraties modernes que vous aviez mises en avant en 2006, et notamment:

- la volonté de porter dans le monde les valeurs d´entráide et de solidarité, plus à même que les valeurs libérales de permettre à l´humanité de survivre sur une planète meurtrie par des politiques à courte vue
- la démocratie participative et décentralisée, qui consacre le droit pour chaque citoyen, en tant que salarié ou consommateur d'exercer une influence sur la société sur la production, sur l'organisation et les conditions du travail,
- la liberté face aux risques d’arbitraire,
- les solidarités collectives qui cimentent la société et assurent la sécurité dans un mode incertain,
- l’égalité, fondement de notre société
- la continuation démocratique et déterminée de la construction européenne, qui est notre avenir

C´est pourquoi, malgré les obstacles, nous, socialistes et membres de Désirs d´Avenir, nous appelons au changement le plus rapide possible, et nous voulons que vous en premiez la tête.

Alain Lefebvre
Désirs d´Avenir Europe du Nord

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09 mai 2007

L'hommage de Bernard-Henri Lévy

He bien oui.

Au risque de surprendre, je pense que Ségolène Royal a fait une bonne campagne.

Elle a perdu, c’est entendu.

Et perdu plus lourdement que ne le donnaient à penser, ces derniers mois, les prévisions.

Mais elle a perdu pour des raisons que l’on commence à bien cerner et dont je prétends, moi, qu’elles sont à son honneur.

Elle a été diabolisée, d’abord. On a beaucoup parlé - et on avait raison - de la tentative de diabolisation dont fut victime son adversaire. Mais autrement plus insidieuse, donc plus ruineuse, fut la diabolisation qui l’a poursuivie, elle, depuis ses premiers pas. Incompétente quand elle la fermait ; agressive quand elle l’ouvrait… N’ayant rien à dire quand elle prenait le temps d’écouter ses électeurs ; scandaleuse quand elle rompait le silence (les 35 heures) ou brisait les orthodoxies (ses prises de position, si courageuses, sur le nucléaire iranien ou le Darfour)… Bécassine, enfin, avant son débat avec Sarkozy ; Cruella après et, surtout, pendant - quand elle a commis le crime de lèse future majesté de l’interrompre, interpeller, ne rien laisser passer, le mettre dans les cordes… Ce n’est plus une femme, gronda la rumeur, c’est une sorcière. Ce n’était plus la douce, la maternelle Ségolène, c’était un bretteur, une tueuse - voyez ces yeux minces où passent des épées de feu ; entendez cette voix de mauvaise sirène, une octave trop haut, si dure… Ah l’increvable misogynie des Français et souvent, malheureusement, des Françaises ! J’ai aimé, moi, cette dernière image dans ce dernier débat. J’ai aimé la stature qu’elle a prise à cet instant - et la belle droiture qui émanait de son regard et de son port. Elle honorait la gauche, cette droiture. Et elle honorait la France.

Elle a livré bataille, deuxièmement, à un moment d’inflexion, mais encore, hélas, de suspens, où il devenait clair que la vieille stratégie d’union des gauches n’avait plus de chance de l’emporter mais où la nouvelle stratégie d’alliance avec le centre restait trop insolite, inédite, bref, révolutionnaire, pour passer le cap des hypothèses et retourner, réellement, les esprits. Madame Royal a dit les mots qu’il fallait dire. Elle a fait les gestes qu’il fallait faire. Peut-être, d’ailleurs, le grand débat de la campagne, celui qui restera, celui qui fit bouger les lignes en même temps que, au passage, les liturgies cathodiques, fut-il ce débat avec Bayrou dont elle a pris l’initiative et qui ouvrait, on le verra maintenant très vite, un vrai nouveau chapitre de l‘histoire politique française. Mais voilà… Il était trop tôt... On a dit, ici ou là, qu’il était trop tard, que c’est avant qu’il fallait le dire, avant qu’il fallait le faire, etc. Non, voyons. Le contraire. Il était trop tôt dans le siècle. Trop tôt dans l’histoire du pays. Sauf que c’est elle, Madame Royal, qui, trop tôt ou trop tard, l’aura fait. Sauf que, ce big bang rêvé par les uns, annoncé par les autres, c’est elle, et personne d’autre, qui l’aura osé et déclenché. Pour cela, elle restera. Pour cela, même si elle a perdu, elle a gagné.

Et puis il faut bien reconnaitre, enfin, que Nicolas Sarkozy a été bon. Vraiment bon. Je veux dire par là qu’il a su surfer, avec un mélange de talent et de cynisme non moins remarquables l’un que l’autre, sur une vague de fond dont il semble que tout le monde ait, à part lui, sous-estimé la terrible puissance. Qui, parmi les commentateurs, avait-il prévu que l’éloge d’une France qui n’a jamais commis, sic, de crime contre l’humanité puisse faire recette à ce point, douze ans après les paroles de Jacques Chirac reconnaissant, au Vel d’Hiv, notre participation au crime nazi ? Qui imaginait de tels hurlements de joie et, au fond, de soulagement, chaque fois que fut dit et redit, de meeting en meeting, que la France ex-coloniale n’était coupable de rien, qu’elle n’était en dette vis-à-vis de personne et qu’elle devait être fière, au contraire, de son œuvre civilisatrice ? Qui, encore, pouvait deviner que le traumatisme de Mai 68 fût resté si vif dans les esprits que l’appel répété à « liquider » - quel mot ! – l’héritage du « parti des voyous et des casseurs » puisse faire jaillir, lui aussi, de tels geysers de fiel, de joie triste et de ressentiment ? Madame Royal a résisté à ce discours. Fidèle à la ligne tenue, sur ces sujets, peu ou prou, par nos deux derniers Présidents, elle a tenté d’endiguer ce flot de haine et de rancune. Et, de cela aussi, je lui sais gré.

Je ne parle pas - car seul le mauvais esprit gaulois en a douté - du sang-froid dont elle a fait montre, d’un bout à l’autre de l’aventure.

Je n’insiste pas - encore que le fait fût unique dans notre histoire électorale - sur la double bataille qu’il lui a fallu mener : l’une, publique, contre son adversaire; l’autre, secrète, contre les siens.

Et je n’évoque que pour mémoire, enfin, le ton et, comme dit un poète qu’elle affectionne, le « frisson nouveau » qu’elle a fait passer dans cette vieille musique socialiste qui n’en finissait pas de mourir et qui n’attendait, peut-être, que ce salutaire coup de grâce.

Tout cela, elle l’a fait. Et il faut espérer que s’en souviennent ceux qui, à partir de ce lundi matin, vont être tentés de se livrer au petit jeu de la chasse à la sorcière ou de la production de la chèvre émissaire.

Ségolène Royal est loin d’avoir dit son dernier mot – et c’est tant mieux.

Bernard Henri-Lévy

(transmis par Louahiba)

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20 avril 2007

Appel de présidents et d’anciens présidents d’universités

La France souffre d’un sous investissement massif et reconnu dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche : exemple unique au monde, elle consacre moins d’argent à un étudiant qu’à un lycéen. Pourtant, depuis des années, les Universités ont accompli un effort sans précédent pour former au mieux un nombre considérablement accru d’étudiants. Elles ont notamment su adapter les diplômes délivrés aux standards européens et, sans renoncer à une formation théorique de haut niveau, offrir des formations professionnalisées de grande qualité. Seules ou avec les organismes de recherche, elles ont su promouvoir, une recherche de haut niveau en regard des moyens consentis ; elles ont su se doter des instruments pour que cette recherche débouche sur l’innovation et la création d’entreprises. Elles ont su amorcer les regroupements et synergies qui pourraient dans l’avenir, pour autant qu’on leur en fournisse les moyens, leur redonner dans la compétition mondiale une place en rapport avec la tradition d’excellence de notre pays.

Chacun sait que l’égalité des chances est pour partie un leurre dans notre pays et que la ségrégation scolaire et universitaire aggrave les ségrégations sociales et spatiales. Par ailleurs trop d’étudiants s’engagent dans des filières qui ne pourront leur offrir les débouchés qu’ils attendent. Il est donc indispensable de mettre en place une orientation efficace qui permette à chaque étudiant de faire ses choix en toute connaissance de cause.

La crise de la recherche, survenue en 2004, a bien montré la nécessité d’augmenter les moyens pour la recherche en France, de simplifier et mieux coordonner son organisation, d’affirmer à la fois le rôle central de la recherche fondamentale - socle d’un progrès durable - et la place des universités dans les dispositifs territoriaux qui s’organisent pour structurer les secteurs économiques de pointe à l’échelon mondial. Il faut surtout remettre résolument les universités au centre de tous les enjeux. La loi sur la recherche, loin d’améliorer la situation a une fois de plus laissé de côté les universités, les promesses financières n’ont pas été tenues et les universités françaises se paupérisent chaque année un peu plus. Certains établissements sont même notoirement en dessous des normes de sécurité. Alors que la communauté scientifique demandait simplification et transparence, la loi sur la recherche n’a fait qu’empiler des structures nouvelles, opaques et bureaucratiques, d’où ont disparu les représentants des universitaires.

Donner aux universités des conditions d’accueil et de travail comparables aux standards internationaux est une urgence, mais après cinq années de pouvoir sans partage, les gouvernements de Jean Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, dans lesquels Nicolas Sarkozy avait une place éminente, n’ont rien fait pour améliorer le système universitaire français. A l’évidence, une autre politique est nécessaire qui prenne mieux en compte l’avis des citoyens et des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et qui soit tout à la fois plus attentive au rayonnement de la recherche française, à ses retombées économiques, sociales et culturelles, à la réussite du plus grand nombre d’étudiants dans nos universités et à leur insertion professionnelle durable.

Les propositions du candidat de l’UMP à la présidence de la république, loin d’apporter des réponses concrètes à ces enjeux, font courir le risque d’une université à deux vitesses ciblant quelques établissements pour des opérations de prestige, sous dépendance massive de fonds privés, sans réelle volonté d’aménagement de l’ensemble du paysage national de l’enseignement supérieur. Qui peut croire un seul instant les promesses pharaoniques d’un candidat qui aligne les milliards de dépenses nouvelles tout en s’engageant à réduire à la fois la dette publique et les prélèvements obligatoires ? Qui peut croire à une relance de l’emploi scientifique alors que l’on avance une nouvelle fois l’objectif d’une réduction drastique des effectifs de fonctionnaires ?

Face à la menace d’un nouveau déclassement des Universités, de leurs formations et de leurs laboratoires, nous, présidents et anciens présidents d’université, faisons appel à Ségolène Royal, candidate socialiste, pour qu’elle engage résolument le pays dans la perspective d’un renouveau des Universités. Elle seule est capable d’incarner aujourd’hui l’espoir d’un changement de cap nécessaire, loin des injonctions péremptoires du passé et des arrogances du présent, et garantissant le développement d’un service public de qualité dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est pourquoi nous apportons notre soutien à sa candidature à la Présidence de la République.

Liste des signataires 

Gilbert Béréziat (Université Pierre et Marie Curie)

Bernard Bosredon (Université Sorbonne Nouvelle-Paris3)

Sylvie Faucheux (Université de Versailles Saint-Quentin)

François Féral (Université de Perpignan)

Jean Claude Fortier (Université de Bourgogne)

Robert Fouquet (Université de Saint-Etienne)

Marc Goutard (Université Rennes 2)

Michel Kaplan (Université Panthéon Sorbonne-Paris 1)

Richard Lioger (Université de Metz)

Georges Mailhos (Université de Toulouse 2)

Richard Mesina (Université d’Evry val d’Essonne)

Georges Molinié (Université de la Sorbonne paris 4)

Rémy Pech (Université de Toulouse 2) 

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25 mars 2007

Un appel à voter en fonction des idées, pas de la couleur de la jupe !

Au contact des électeurs, beaucoup d’entre nous sont surpris de constater que des hommes et surtout des femmes qui se disent « apolitiques », ou même « de sensibilité de gauche » sont tentés de voter pour un candidat… de la droite.

Quand on essaie d’en savoir plus sur leur réticence envers la candidate socialiste, plus personne n’ose l’accuser de ne pas avoir d’idées (ce serait difficile, avec le Pacte présidentiel, la sixième république et la réforme des retraites !) ou de ne pas avoir le niveau (après ses prestations brillantissimes en meeting et sur les ondes). L’on invoque désormais un hypothétique manque de représentativité à l’international puis, à court d’arguments, l’on finit par aborder l’essentiel : le timbre de la voix, la coiffure, les jupes, les boucles d’oreilles…

En bref, toutes ces femmes et tous ces hommes reprochent à la candidate de ne pas être un homme.

C’est pourquoi l’initiative dite « un million de femmes s’énervent » est particulièrement bienvenue. Et pas besoin d’être une femme pour la signer. Elle est « testostéro-compatible ».

Signer l’appel

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14 mars 2007

"La volonté politique déplace des montagnes"

Interview de Ségolène Royal dans les Inrockuptibles

inrocksOn vous connaît mal. Jamais sans doute un candidat ou une candidate majeur(e) à l'élection présidentielle n'a été à ce point méconnu des électeurs. Comment l'expliquer ? 

Beaucoup de choses pourtant ont été dites, écrites. C'est un paradoxe. De nombreux livres et articles ont paru sur moi. Je suis dans le paysage politique depuis longtemps, mais, c'est vrai, les gens ont le sentiment d'en savoir moins sur moi que sur d'autres. Pourtant on m'a reproché de m'exhiber, ce qui est quand même assez étrange. Notamment quand mon dernier enfant est né. Donc je ne sais pas, je vous retourne la question… (rires)

Ce qu'on lit sur vous ce sont toujours les mêmes choses : vous êtes née en Afrique, vous êtes la fille d'un militaire, vous avez grandi dans une famille nombreuse, catholique, vous étiez bonne élève à l'école… Cette bio façon Who's Who ne résume pas une personne. Vous y retrouvez-vous dans ce portrait un peu caricatural ? 

C'est vrai que j'ai connu cet itinéraire assez atypique : je suis issue d'une famille de huit enfants alors qu'il n'y en a plus beaucoup ; j'ai vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans dans un village très rural et je suis aujourd'hui là où je suis… C'est un itinéraire curieux. J'ai su saisir mes chances au fur et à mesure de la vie, je crois.

Vous éprouvez vraiment le sentiment d'être atypique ?

Oui parce que rien ne me prédestinait à arriver là où je suis. Je viens d'une famille plutôt de droite. Quand j'ai passé mon bac, je ne savais même pas que Sciences Po existait. C'est de fil en aiguille, en picorant des informations que j'ai choisi mon itinéraire d'orientation. Il s'est trouvé que j'étais à Nancy et que c'était la seule ville de France où il y avait une préparation à Sciences Po, qu'un jour ma sœur qui était secrétaire au rectorat m'a rapporté un dépliant qui présentait cette préparation. J'étais inscrite à la fac de sciences économiques - volontairement, parce que mon père ne voulait pas que je fasse d'études supérieures.

Pourquoi l'économie ?

Parce que j'ai fait un bac économique, voilà. J'ai donc ensuite découvert par ma sœur l'existence de cette préparation. Elle m'a dit tiens : toi qui t'intéresses à la politique… Parce que je m'intéressais quand même déjà beaucoup à la politique. Je regardais tous les débats politiques à la télévision. Quand j'étais en pension, je me souviens que j'allais toute seule dans la salle de télé regarder les débats avec Françoise Giroud. Ça m'a toujours attiré le débat public. Je me suis donc inscrite à cette préparation qui s'appelait le CUEP, et j'en suis sorti seconde et suis après entrée à Sciences Po à Paris. J'ai travaillé en même temps, j'ai obtenu une bourse. Et puis à Sciences Po, j'ai appris que l'ENA existait. Je n'étais pas une initiée du milieu. Je me suis retrouvée avec des fils d'énarques, des enfants de gens de la haute fonction publique. Mais je n'étais pas du tout complexée. Sans doute pas très consciente de l'incongruité de ma présence dans ce milieu. Et puis j'ai été reçue à l'ENA et j'en suis sortie. On était en 1980 et c'était bientôt l'élection présidentielle. À ce moment-là François Hollande m'a fait rencontrer Jacques Attali, pour lequel j'ai travaillé, dans une soupente pas très loin d'ici à élaborer des réponses à des questionnaires. Et puis après l'élection, en 1981 j'ai été happée dans l'équipe Attali au 2 rue de l'Elysée dans un petit bureau annexe. J'ai fait mon trou, préparé des dossiers, bâtit des argumentaires… Il y avait un espace et je me trouvais là, c'est comme ça que j'ai été associée à la préparation du sommet de Versailles, le premier sommet des chefs d'Etat des pays industrialisés. C'était un peu le happening au départ en 1981. Un jour, on m'a dit tiens il faut faire un rapport pour François Mitterrand, préparer ce qu'il va dire au sommet. Rien ne m'étonnait : je devais avoir 24 ans, et je faisais le discours de François Mitterrand pour le sommet des chefs d'Etat…

En pension, vous vous intéressiez déjà dites-vous à la politique. Etait-ce dans un rôle d'observation ou bien aviez-vous déjà des opinions politiques très formées ?

C'est par le féminisme, je crois, par la question du droit des femmes que mes opinions se sont forgées. Avec la réalisation assez précoce qu'il fallait se battre pour y arriver. Donc tout naturellement à gauche. Mais ce n'était pas en réaction viscérale, comme cela a pu être dit, contre le milieu familial. Non. Par la prise de conscience de l'injustice faite aux femmes. C'étaient des années où ces questions étaient très débattues.

Quand avez-vous pris du conscience du fait que le modèle de vie plus ou moins imposé par vos parents n'était pas fait pour vous ?

En sixième. Très tôt. La sixième, c'est le retour de Martinique. Je sortais d'un établissement privé de religieuses, j'ai donc dû passer un examen pour entrer à l'école publique, et on m'a fait redoubler ma sixième, ce qui m'a peut-être fait du bien, d'ailleurs, parce que j'avais un an d'avance et j'étais toute jeunette. Alors je me suis retrouvée dans un collège rural d'un chef-lieu de canton des Vosges, Charmes. Pendant quatre ans, j'étais la meilleure élève de ce collège. Ça m'a tout de suite ouvert des perspectives : je me suis dit que je pouvais quand même avoir un autre destin que celui des femmes de ma famille qui ne travaillaient pas.

Des enseignants ou des camarades de classe ont-ils été déterminants ?

Des enseignants, oui, qui m'ont tout de suite poussée, qui m'ont dit qu'il fallait vraiment continuer.

Vous étiez meilleure dans certaines matières ?

Non, j'aimais toutes les matières.

Des matières que vous préfériez alors ?

Non, vraiment, j'aimais tout. J'adorais l'école. C'était un moyen de m'affranchir. Je suis un pur produit de l'école émancipatrice.

Avant l'école ou à côté, dans la famille, il n'y avait pas d'autres horizons ?

C'était dur, mais il y a toujours eu un horizon parce qu'on a vécu outremer, et ça procure des échappées imaginaires au moins. Ne serait-ce que l'imaginaire de ma naissance, c'est peut-être cela aussi qui m'a poussée…

Pourquoi c'est important pour vous d'être née à Dakar ?

Être née en dehors des frontières, c'est un plus, oui. C'est la biodiversité ! C'est le mystère. Quand on est petite et qu'on est née à Dakar, Sénégal, on est contente. Ça m'a marquée toute mon enfance. Quand à la rentrée je disais née à Dakar, Sénégal, toute la classe faisait ohhh. C'est le genre de petites choses qui marquent très fortement une identité, je pense.

À vous entendre, on a le sentiment que vous avez toujours vécu dans un statut d'outsider…

Un peu oui… Dans le débat interne au PS aussi, vous vous souvenez (rires). Et même maintenant, vous avez vu ce qui se passe… (re-rires)

Est-ce parce que vous avez toujours eu le sentiment de vivre ainsi que cette position d'outsider ne semble pas vous poser problème ?

Oui même s'il faut aussi à chaque fois de l'énergie pour s'imposer.

Enfant, y avait-il à la maison des livres ? alliez-vous au musée, au cinéma ? Quelle place occupait la culture ?

Des livres oui, parce que ma mère qui a fait une école agricole et n'a pas le baccalauréat a une culture rurale. Tout petits elle nous faisait faire des herbiers, observer la nature, mon grand-père nous apprenait les champignons… Il y a là une forme de culture originale, une éducation scientifique, botanique qui nous ouvrait l'esprit. Et puis j'ai toujours vu ma mère lire, aller à la bibliothèque du village, et parler de ce qu'elle lisait. Mon père avait une collection de livres de poche qui couvrait tout un mur.

Quelle place occupait la religion dans votre famille ? Et quel rapport vous-même entreteniez-vous à elle ?

Le rapport était très étroit, j'étais dans une famille très pratiquante. Pour moi, la religion a structuré à la fois la pensée et la transgression. C'est ça qui est très intéressant. Car quand j'ai pris conscience de l'écart entre le discours et les actes, je me suis dit, il y a quand même un problème. La religion fut un structurant culturel mais très vite, je l'ai aussi perçue comme une contrainte, comme la transmission d'un dogme, d'une discipline qui ne permettait pas l'épanouissement. Même si c'état aussi un repère, une identification. Ce qui est intéressant ensuite, c'est l'affranchissement. En comparant l'enseignement religieux avec ce qui se passait réellement, y compris au sein de ma propre famille, je voyais vite le problème . Sur la question de l'égalité hommes/femmes, sur celle du respect… Je voyais bien que ça n'allait pas.

Et aujourd'hui quel est votre rapport à la religion ?

Je ne suis pas pratiquante. Je défends très farouchement la laïcité, et en même temps je comprends les identités religieuses et le respect qu'on leur doit, par rapport aux convictions des gens. Ce sont des éléments structurants de l'histoire, de la culture, des mentalités, c'est important de comprendre comment les gens réagissent. Je soutiens le dialogue inter-religieux. Il faut comprendre la diversité du peuple français, dans ses identités religieuses ou, au contraire, non religieuses.

Vous parliez de la passion de votre mère pour les livres, y t-il une passion que vous avez partagée avec votre père ?

La musique peut-être. Il écoutait beaucoup de musique classique. Ça imprègne une enfance.

Et pour le reste, c'était difficile de partager avec lui ?

Difficile, oui. Il était lui-même victime d'une éducation rigide, le dialogue parent enfant existait peu, comme dans beaucoup de familles à l'époque. L'évolution des droits de l'enfant, tout cela est assez récent. Mais je n'ai pas été maltraitée. On m'a appris l'obéissance, l'honnêteté, la rigueur, la discipline… Ça permet de réagir, de s'en affranchir.

De tous vos frères et sœurs, vous êtes celle qui s'en est le plus affranchi ?

Non, tous. Chacun à sa manière. Mais c'est une belle histoire. Parce qu'il y a des enfants qui ne vivent rien. Auxquels on autorise tout. Qui vont à vau l'eau, qui sont en souffrance parce qu'ils n'ont rien en face. Ils ont tout ce qui veulent. Ça n'a pas été mon cas - ça c'est sûr. Mais le principe même de l'éducation, c'est la limite. Il faut simplement qu'elle soit bienveillante et adaptable, cette limite.

Et quel a été votre rapport à l'autorité non plus parentale mais scolaire ?

Très bon. De toute façon c'était une époque où les élèves obéissaient. Il n'y avait pas beaucoup d'espace (rires)…

Vous entrez en pension en seconde. Pour beaucoup c'est un enfermement, mais pour vous ça semble presque une délivrance…

Oui c'était une libération bien sûr. Le milieu familial étant un peu étouffant, le milieu scolaire était un milieu de liberté. Pour beaucoup d'élèves, la pension peut devenir un élément de liberté, de confort de travail…

Y avez-vous rencontré des professeurs très marquants, importants ?

Non pas tellement en pension. Davantage au collège. La professeure qui m'a le plus marqué, c'était une PEGC, une ancienne instit’ devenue prof’ d'allemand. Elle s'appelait Marguerite, je m'en souviens encore, elle était d'une bonté ébouriffante, et en même temps d'une grande rigueur. Elle adorait les élèves, entraînait toute la classe. Il n'y avait pas d'humiliation. Ça m'a beaucoup marqué les mauvais élèves humiliés. C'est dur le milieu scolaire quand on est mauvais élève. Je me souviens encore du visage des mauvais élèves humiliés. Des élèves auxquels on balance les copies en leur disant : zéro, t'es encore nul ! Je vois encore les visages de ces élèves. Et c'est ce souvenir très fort qui, lorsque j'étais ministre de l'enseignement scolaire, m'a conduit à réformer la notation. Un élève n'a pas le droit d'être enfoncé. Même si le devoir ne vaut rien, ce n'est pas l'élève qui est nul, c'est le devoir qui n'est pas fait. On lui refait faire, c'est tout.

Vous faites un lien entre cette violence scolaire là, et celle qu'on peut observer, dans l'autre sens, des élèves à l'égard de l'école ?

Oui, bien sûr. Il y a des élèves qui retournent la violence contre l'école parce que l'école a échoué avec eux. Il y a une violence contre l'école parce qu'il y a une demande d'école aussi. Hélas.

En 1968, vous avez 15 ans…

Oui j'étais en troisième et c'était formidable 68. Nous, on ne faisait pas grand chose, on a dû s'arrêter deux jours. Et puis moi je prenais le ramassage scolaire et dès que le car est passé on n'a plus la chance de traînasser devant le collège… Beaucoup d'élèves de milieu rural vivent ça, ils prennent le car, rentrent chez eux et après c'est l'isolement. Mais je m'en souviens encore, je sentais que le joug de l'autoritarisme était un peu secoué.

C'est à ce moment que se politise un peu votre vision des choses ?

Ce n'est pas impossible, oui.

Vous disiez que vous regardiez les émissions politiques à la télévision seule, vous ne partagiez pas cet intérêt avec vos camarades de classe ?

Ça n'intéressait pas les filles de mon âge à cette époque là.

Et avec le recul comment voyez-vous mai 68 ?

De manière positive. Je ne fais pas partie de ceux ou celles qui passent mai 68 par pertes et profits, qui lui font porter la responsabilité d'une confusion des valeurs. Il y a eu une confusion des valeurs comme pour toute époque un peu tourmentée. Après il a fallu recadrer un certain nombre de choses, notamment sur l'éducation des enfants, des choses comme « il est interdit d'interdire » etc. Mais sans doute cette transition était-elle nécessaire pour chambouler, pour rebattre les cartes de l'organisation de la société. Ce sont des mouvements de libération qui sont extrêmement refondateurs.

Récemment l'hebdo des socialistes à fait sa une sur « avoir 20 ans en 2007 ». De quoi aviez-vous envie à 20 ans ?

De liberté. D'insouciance. J'étais à l'université, j'étais heureuse.

Vous vous imaginiez faire quoi plus tard ?

Pas de la politique, je n'avais aucune idée de ce qu'était un mandat, un engagement politique. Mais la chose publique déjà m'intéressait, le droit… Magistrate, je pense que c'est ce que j'avais à l'esprit.

Est-ce que votre aspiration à la rébellion, à l'affranchissement s'incarnait dans des personnalités que vous admiriez ?

Je me souviens avoir été vraiment secouée par la lecture, en terminale, d'un livre de John Stuart Mill : De l'assujettissement des femmes. C'est un livre prodigieux d'actualité. La lecture de Simone de Beauvoir fut également importante. La biographie de Flora Tristan. Mais le premier livre qui a éveillé ma conscience politique c'est ce livre de John Stuart Mill.

Vous évoquiez Françoise Giroud dans les débats télévisés…

Voilà quelqu'un à qui je m'identifiais. Féministe, intelligente, maîtrisant la parole, la dialectique, la modernité, L'Express…

L'Express, vous lisiez beaucoup la presse ?

Oui, étudiante je lisais les journaux.

Et à côté des figures intellectuelles ou politiques, certains artistes ont-ils joué pour vous un rôle important ?

Le premier film qui m'ait marquée, c'était West Side Story.

Les artistes, c'était Yves Montand, Léo Ferré, mais aussi la chanson populaire, Françoise Hardy, Christophe, Michel Polnareff. Et puis Simon and Garfunkel, au moment où je faisais du baby sitting en Irlande pendant les vacances, Leonard Cohen. Mais j'ai toujours aimé la musique classique, je ne peux pas m'en passer, Bach surtout, les concertos brandebourgeois, le Requiem de Mozart… Mon grand-père me faisait écouter de l'opérette quand j'étais enfant, j'aimais cela, les Contes d'Hoffmann…

Mes derniers spectacles, c'était Don Juan à l'Opéra Bastille, Philippe Caubère au Théâtre du Rond-Point…

Des choses très mélancoliques…

Oui, romantiques aussi.

Qu'avez-vous appris de plus important dans vos années à l'Elysée ?

Que la relation interpersonnelle était finalement ce qui était le plus efficace en politique. Même sur les sommets internationaux où l'on se dit que tout est calibré, bouclé à l'avance, François Mitterrand trouvait les moyens de dire : non ce n'est pas comme ça, ce sera comme ci. Ou : ce que vous m'avez préparé là ne tient pas debout, la ligne politique sur laquelle il faut tenir c'est celle-là. Ça marchait. L'obstination de l'action politique, de la cohérence de la pensée politique, si on la mène jusqu'au bout parce qu'on la tient fermement, ça marche.

Ça veut dire qu'il y a toujours une marge de manœuvre politique ?

Oui, la volonté politique déplace les montagnes. L'impossible devient possible. J'ai appris ça de François Mitterrand. Vu ce qu'il avait traversé pour être là, il était habité de la volonté politique. Au moins pendant le premier septennat. Il y avait une volonté permanente, il ne fallait jamais se laisser perdre dans des voies détournées, ou se laisser imposer des choses qu'il ne sentait pas ou qui n'étaient pas conformes à sa route. Il avait la capacité de se secouer, de dire : ce n'est pas ce que je veux, ce n'est pas dans cette direction là que je veux aller, ce n'est pas ça l'horizon.

Avez-vous eu le sentiment qu'il fallait choisir entre Mitterrand d'un côté et Rocard et Delors de l'autre, entre première et deuxième gauche ?

Non, je n'étais pas du tout là-dedans. Ce n'était pas mon problème. J'étais au service de François Mitterrand. Je voyais bien les débats mais comme j'étais dans mes dossiers et non au cœur des problématiques politiques je n'avais pas tellement conscience des conflits. J'étais dans l'action, j'avais des sommets à préparer, des rentrées scolaires… Tout ce qui n'était pas attribué m'était confié : les jeunes, les problèmes de société, l'environnement… Très tôt, j'ai eu pendant ce premier septennat l'occasion de me pencher sur ces questions. Avec une grande curiosité. Je lisais tout, je rencontrais des gens, je faisais des notes, je regardais les enquêtes d'opinions, je faisais remonter tout ça à François Mitterrand, je lui faisais humer ce qui se passait, ce qui se disait. Tous les jours.

Au fur et à mesure que vous avez pris des responsabilités liées à vos mandats et à vos fonctions ministérielles, vous avez eu moins de temps pour tout cela, est-ce frustrant ?

Non parce que j'y passe encore beaucoup de temps.

Et vous pensez que c'est compatible avec la fonction présidentielle ?

C'est indispensable. Et puis il faut aussi avoir des gens autour de soi qui respirent, qui sont en palpitation. C'est ce que permet la démocratie participative. Et Internet, sur lequel je regarde ce qui remonte du terrain tous les jours. Tout est dit. Il faut le vouloir pour se couper du monde. Mais c'est vrai qu'il faut aussi le vouloir pour rester en contact.

Comment expliquez-vous que le mot culture soit à ce point absent de la campagne ?

Même si je n'ai pas encore prononcé mon grand discours sur la culture, j'en ai déjà beaucoup parlé. La réussite éducative, je l'ai toujours liée à la culture. J'ai dit qu'il fallait remettre de la culture partout.

Mais pourquoi a-t-on l'impression que ce n'est pas un enjeu de cette campagne ?

C'est vrai que la culture intervient tard dans la campagne. Grâce à vous, nous y voilà !

Les grandes lignes de la politique culturelle actuelle ont été définies en 1981 lors de l’arrivée de la gauche au pouvoir. Cette politique vous paraît-elle adaptée à l’époque que nous vivons ? S’agit-il de la modifier, de l’améliorer à la marge ou de la repenser plus profondément ?

En 1981, tout était à faire. Les politiques mises en place par la gauche ont permis l’éclosion d’une vie culturelle foisonnante. Depuis 25 ans de grands bouleversements ont profondément transformé le paysage culturel.

De nouvelles formes d’expression artistique ont émergé, des espaces inédits de rencontre entre le public et les créateurs se sont ouverts. Je pense en particulier à l’irruption d’internet dans la vie de chacun, notamment les jeunes.

Mais reconnaissons-le, des menaces et des dangers nouveaux se font jour. La richesse de notre vie culturelle ouvre des perspectives extraordinaires mais est aussi porteuse de dérives inquiétantes pour les artistes comme pour les citoyens : les sous-financements, les risques de concentration, les menaces de paupérisation des artistes, l’assèchement des représentations collectives et des identités, la mise en cause de la diversité, la perte de sens, les disparités d’accès à la culture sur l’ensemble du territoire. Les grandes concentrations mettent en péril la diversité de la création.

Comme le dit la grande écrivaine Toni Morrisson, « aujourd’hui tout est su, rien n’est compris. »

Je veux remettre de la pensée et de la volonté dans la politique culturelle de notre pays. C’est la mission historique de la gauche en matière de culture.

Il y a dans notre pays un profond désir de changement. Il y a le sentiment que la politique culturelle de l’Ėtat est en panne et les cinq années de droite ont accéléré la dégradation dans beaucoup de secteurs, notamment ceux du patrimoine. C’est une véritable catastrophe.

La gauche ne peut pas se penser sans la culture, ne doit jamais cesser de parler culture, de penser la culture, de vouloir la culture.

L’univers culturel s’est trouvé bouleversé ces dernières années par la révolution numérique, et c’est loin d’être fini. Comment la politique culturelle doit-elle prendre en compte ces nouvelles technologies et surtout leurs effets économiques, sociaux, juridiques et esthétiques ?

Constatons-le, les pouvoirs publics en matière culturelle et audiovisuelle ont traité la révolution numérique avec une triste désinvolture, donnant ainsi l’impression à nos concitoyens d’avoir toujours un train de retard.

Je veux que dans ce domaine la France soit à l’avant-garde.

Je suis heureuse de l’éclosion sur Internet de nouveaux modes d’expression qui doivent tout à la vitalité créatrice de nos concitoyens et en particulier de notre jeunesse. Mais je ne confonds pas ce qui est l’expression d’une envie de culture et la démarche patiente, élaborée, exigeante, de l’artiste. L’un et l’autre sont indispensables. Il y a deux cents ans la France a inventé le droit d’auteur. Il n’est de grande nation que celle qui sait honorer ses artistes et leur donne les moyens d’exercer cette responsabilité singulière de témoin, de veilleur, de défricheur et surtout d’inventeur, qui sait les aider à suivre cette intuition qui les anime.

Quels que soient les chemins empruntés par les artistes pour trouver leur public, leur talent et leur travail doivent obtenir une juste rémunération.

Je veux qu’un large débat soit lancé dans tout le pays sur l’économie de la culture à l’ère numérique, pour refonder le pacte social entre la nation et ses artistes.

L’univers culturel s’est également trouvé affecté par la profonde transformation du capitalisme, entraînant notamment d’important mouvements de concentration. Comment dès lors garantir la diversité culturelle ?

Si l’on fixe bien les objectifs, s’ils sont bien compris, on trouvera les bons outils. Empêcher par exemple quelques grands groupes qui tirent leur puissance d’autres secteurs, notamment le BTP, les télécoms ou l’industrie militaire, de s’emparer progressivement de tous les médias, ce n’est pas lutter contre l’entreprise mais c’est veiller au pluralisme de l’information et à la diversité culturelle. Il faudra ainsi qu’une nouvelle législation travaille sur la définition et les critères des seuils de concentration, et ce sans doute à l’échelon européen. Aucun secteur aujourd’hui n’est épargné : la presse, l’audiovisuel, l’édition, le cinéma, la musique. Je serai de ce point de vue d’une vigilance absolue. Je veux par exemple soutenir les librairies indépendantes, dont le rôle de soutien à la diversité de la production littéraire et de lien social est indispensable. Faut-il rappeler que c’est la gauche qui a fait la loi Lang sur le Prix Unique du Livre ? je continuerai dans cet esprit.

Le développement des industries culturelles et ces phénomènes de concentration ont conduit à la constitution de groupes de culture et de médias, au point que certains chercheurs parlent aujourd’hui de médiaculture, comment articuler ces deux dimensions ?

Je vois que vous faites allusion au livre d’Eric Macé et Eric Maigret.

Incontestablement nos pratiques culturelles se déploient sur un territoire dont les frontières sont ouvertes. La distinction entre culture populaire et culture élitaire, qui générait des inégalités, n’est pas pertinente pour analyser la réalité des pratiques culturelles de nos concitoyens. Dans la même journée, nous pouvons voir une série télévisée, écouter un air d’opéra, aimer les romans de Gao Xingjian et écouter Abdelmalik ou le slam de Grand Corps Malade. Ce que l’on appelle les « cultures urbaines » sont par exemple le signe d’une vitalité réjouissante, elles ne doivent pas être ghettoïsées !

Ce décloisonnement est une réalité. Mais la possibilité accrue d’accès aux œuvres ne doit pas faire oublier que la démocratisation de l’accès à la culture reste un défi majeur, ce qui n’est pas garanti encore sur l’ensemble des territoires et des milieux sociaux.

Il ne faut pas non plus évacuer la question de la spécificité de l’art.

On ne peut imaginer une démocratisation culturelle sans artistes.

C’est à l’intersection de ces deux éléments , j’allais dire dans cette tension, médiaculture et art, que les politiques culturelles de demain s’inscriront. Ariane Mnouchkine dit : « Nos enfants ne doivent pas seulement devenir des fabricants ou des consommateurs mais des êtres humains amoureux de l’humanité ». J’ajouterai : des citoyens libres, autonomes, capables de décider pour eux-mêmes et pour les autres, et de conquérir l’esprit critique, au sein de cette nouvelle République culturelle que j’appelle de mes vœux.

Quelle sera votre politique en matière d’audiovisuel public ?

La télévision devrait jouer un rôle essentiel, en étant l’espace privilégié du contact quotidien des Français avec la culture. Je dis bien « devrait », car elle renvoie souvent une image très éloignée de la réalité de notre pays.

Dans nos communes, dans nos région, la vie culturelle et artistique est foisonnante. Les cultures urbaines, les pratiques amateurs, les réseaux numériques, l'essor des identités culturelles et des langues régionales, auxquelles je suis très attachée… Partout se vérifie cette volonté d'agir et de créer, à laquelle la télévision n’offre pas ou peu de relais. Pourquoi n’y a-t-il pas de grande émission sur les arts plastiques ? Le cinéma ? La littérature ? L’histoire et le patrimoine ? La photographie ou le design ? Parce que la défense de notre identité et notre richesse culturelles, la diversité et la qualité des programmes, passent après les objectifs de rentabilité ?

Jamais je n’accepterai que la culture et l'information soient abandonnées aux seules forces du marché et à la marchandisation galopante, induite par la mondialisation libérale.

Comment concilier liberté d’entreprendre et liberté de créer ? Comment conjuguer l’efficacité économique, le soutien à l’innovation, et le pluralisme des idées, des créations, des publics ? Sortons de cette opposition absurde et stérile. Et donnons à notre pays les moyens de se doter d’une politique audiovisuelle forte, qui place tous les acteurs de cette filière, publics et privés, face à leurs responsabilités : garantir collectivement le pluralisme et la qualité de la création et de la production françaises.

Il faut développer et adapter le service public de la culture et de la communication aux nouveaux enjeux : être au service d'une information libre, d'une création audiovisuelle et cinématographique de qualité et dynamique (les fameux « films du milieu » dont parle Pascale Ferran), de programmes qui conjuguent attractivité et qualité.

Pour cela, j’entends créer les conditions d’un service public de la culture et de l’audiovisuel, fort et dynamique. Quelques initiatives y contribueront :

- La mise en place d’un Conseil Supérieur des Savoirs, des Arts, et des Sciences, directement placé auprès du chef de l’Etat, qui aura une mission d’observation, d’information, de proposition, fondée sur un constant dialogue avec tous les acteurs du monde culturel.

- La transformation du Conseil économique et social en Conseil économique, social et culturel, afin que la culture soit placée au centre, et non plus à la marge, de la réflexion sur les sujets de société, au même titre que l’économique et le social.

- L’instauration d’une Haute Autorité du Pluralisme, en lieu et place du CSA, dont le Parlement aura la responsabilité de nommer les membres, à une majorité des 3/5èmes. Ses pouvoirs seront élargis, afin de garantir, mieux encore qu’aujourd’hui, la liberté de la presse et des médias, mais aussi d’élever le niveau d’exigence culturelle des médias audiovisuels.

Il faut aussi poser la question des moyens de l’audiovisuel public, et de ses modes de financement, qui ont peu évolué depuis sa création, il y a un demi-siècle, alors qu’il n’existait qu’une seule chaîne de télévision publique. Le sous-financement de l’audiovisuel italien a participé de la stratégie de Berlusconi pour bâtir son empire aux dépens de la RAI. Est-ce vraiment cela que nous voulons pour notre pays ? Entre l’anti-modèle berlusconien qui a vulgarisé la télévision et le modèle de nos amis allemands, anglais et scandinaves qui assure la suprématie de la création, je choisis évidemment le second.

Si je suis élue, je lancerai ce débat, en y associant les Français, puisque la quasi-totalité possède la télévision et la radio dans leur foyer. Nous avons, vis-à-vis d’eux, un devoir de vérité sur les moyens aujourd’hui dévolus au service public de l’audiovisuel, et de transparence sur la production des programmes, notamment à l’heure du tout numérique, de la TNT et d’Internet.

Autant d’outils dont j’estime qu’ils doivent aussi permettre de dégager de nouvelles ressources pour la production et la diffusion d’œuvres françaises et européennes de qualité, qui soutiennent vraiment la création de qualité. Aujourd’hui, il me paraît indispensable que les fournisseurs d’accès à Internet contribuent vraiment au financement de l’audiovisuel et du cinéma français.

L’Institut national de l’audiovisuel, en rendant accessibles gratuitement sur son site Internet les trésors de notre patrimoine audiovisuel, est un exemple à suivre pour lutter contre les risques de nivellement et d’uniformisation, et faire de l’outil numérique un véritable espace de création intellectuelle, d’échange de savoirs et de compréhension du monde.

Enfin, il faudra une bonne fois pour toutes mettre à plat le dossier de l’audiovisuel extérieur (TV5, France 24, RFI) et répondre au mal endémique de la dispersion des moyens et du manque de coordination. Ce dossier a été géré en dépit du bon sens ces dernières années.

Faut-il une véritable politique pour le secteur des médias privés et en particulier la presse qui connaît une crise grave ?

Le pluralisme et l’indépendance de la presse sont menacées de manière dramatique. La situation des grands quotidiens français et le problème de leur distribution sont un péril pour la démocratie.

Je ferai en sorte que la presse écrite puisse trouver un environnement favorable à son renouveau : réforme des financements publics avec une indexation des aides sur de nouveaux critères (l’importance de la rédaction notamment) , fiscalité, création d’un statut des entreprises de presse.

Il faut garantir aux titres qui le souhaitent une indépendance économique et donc éditoriale. Il faut absolument trouver une réponse au problème structurant et handicapant de la faiblesse des fonds propres des entreprises de presse, grâce, pourquoi pas ?, à un nouveau mécanisme de déductions fiscales incitant les particuliers à rejoindre les sociétés de lecteurs.

A l’heure où ce secteur connaît un bouleversement majeur et historique, celui du numérique, les pouvoirs publics doivent avoir une politique active d’accompagnement de ce secteur indispensable à la vie de notre démocratie.

Après médias/culture, une autre couple médias/école. Vous avez à de nombreuses reprises insisté sur une meilleure articulation. Quelle place pour la culture à l’école, et quelles places pour les écoles dans la culture ?

Je veux que la culture fasse une entrée massive à l’école. C’est le premier lieu de la rencontre de tous avec l’art et de la réduction des inégalités d’accès à la culture. Ce que Jules Ferry a réalisé pour le calcul et la lecture, nous avons le devoir de le faire aujourd'hui pour les arts.

Ce doit être une vraie révolution, qui commencera par la reconstruction ce que la droite a défait, en démantelant le plan « arts à l'école », initié en 2000 sous l'impulsion de Jack Lang et Catherine Tasca. Ce plan a été sabordé par le gouvernement auquel appartient le candidat de la droite à l'élection présidentielle : quelle crédibilité de bâtisseur peut bien avoir le démolisseur ?

Moi, je veux que tous les jeunes puissent voir leur sensibilité et leur esprit critique s’éveiller, par le contact personnel avec les œuvres, la découverte des lieux de création, la rencontre avec les artistes. Je veux encourager les pratiques artistiques, notamment celles qui sont collectives, parce qu’elles sont le meilleur moyen de faire l’expérience de la vie en communauté, d’en apprendre les règles, et même de lutter contre la violence.

De la maternelle à l’université, je veux renforcer la présence de toutes les disciplines artistiques et l’éducation aux images. Le rôle essentiel des bibliothèques-médiathèques doit aussi être soutenu.

Renouons avec l’esprit du Conseil National de la Résistance qui traçait comme perspective « la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelque soit la situation de fortune de leurs parents ».

Dans un livre récent sur la politique culturelle américaine, Frédéric Martel insiste sur le formidable gisement d’emploi que peut constituer la culture et plus généralement ce qu’on appelle la creative class. Que faire pour encourager ces emplois ?

Mon premier engagement sera de défendre les emplois culturels, et de faire de la culture l’un des moteurs de l’innovation économique. La culture et l’audiovisuel, filières à part entière, sont l'une des clés d'une économie moderne dans un pays développé, porteuses d’innovation, vecteurs de croissance, et créatrices d'emplois, dans le secteur public comme dans le secteur privé.

Je veux que les entreprises culturelles et audiovisuelles, qui constituent un tissu très dynamique, soient reconnues pour le rôle qu’elles jouent dans l’économie de notre pays. A ce titre, elles auront toute leur place au sein du pacte que je propose avec les PME, et pourront bénéficier de tous les moyens que j’entends mettre en place pour faciliter et soutenir les projets les plus innovants.

Nous devons être à la hauteur de ce qui fait notre force et notre identité : une certaine idée de la culture et du rôle des créateurs. C’est, pour moi, tout le sens de la notion d’exception culturelle que je veux défendre. Ce n’est pas seulement, comme le croit la droite qui en a dévoyé l’idée, un instrument pour échapper aux règles du commerce international ! C’est l’expression la plus belle et la plus noble du traitement exceptionnel dont la culture et les arts doivent bénéficier, par leur nature et par leur fonction. L’économie de l’art, c’est d’abord celle de l’imaginaire.

Ce traitement exceptionnel, je m’engage à l’enrichir, par des droits spéciaux, des financements spécifiques, des dispositifs particuliers. Contre la logique du profit immédiat, c’est du temps que l’exception culturelle doit offrir aux créateurs : le temps de la naissance de l’œuvre, comme celui de sa rencontre avec le public.

Faire vivre l’exception culturelle, c’est véritablement inscrire la solidarité au sein du monde de la culture et de la pensée. C’est donner les mêmes chances à toutes les formes d’expression artistiques, des plus populaires aux plus avant-gardistes, des plus médiatisées aux plus confidentielles. C’est garantir la diversité des œuvres, des artistes, des entreprises, des sources de financement, au service d’une seule ambition : permettre que la création reste libre et plurielle.

Depuis des années maintenant la question des intermittents se pose sans trouver de solution, comment comptez-vous régler le problème ?

L’intermittence était un régime unique au monde, qui a été cassé par le gouvernement sortant. Les métiers de l’art et de la création sont incertains, irréguliers, parfois saisonniers. Le régime spécial de l’intermittence assurait une certaine régularité des revenus et une péréquation entre les plus privilégiés et les plus précaires. C’est la solidarité interprofessionnelle qui doit être rétablie à tout prix. En brisant ce régime le gouvernement a porté un coup à la création.

Dès mon élection, je m’engage à remettre sur le métier, avec les partenaires sociaux, le nouveau protocole qui vient d’être signé, car il est contraire à la philosophie qui a présidé à sa création : la solidarité entre les professions et entre les générations, la mutualisation.

Je partage ce que disait très justement Pascale Ferran lors de la soirée des César : « Sous couvert de résorber un déficit, on exclut les plus pauvres pour indemniser les plus riches ».

Il faut aussi des incitations fortes pour que les entreprises culturelles et audiovisuelles transforment nombre de contrats d’intermittents en CDI, comme l’exige le Code du Travail.

Cette réforme s’impose, non pas au nom d’avantages acquis, mais parce que l’équité et l’efficacité du système sont la condition de la vitalité artistique et culturelle de notre pays, elle-même condition du dynamisme économique et social de la France et de son rayonnement.

N’y t-il pas une inégalité forte entre les domaines : les plasticiens, les écrivains ne bénéficient aucunement de ce type de statut.

Je ne souhaite pas découper en clientèles le monde artistique. Les différents secteurs culturels n’ont ni la même réalité, ni les mêmes réseaux artistiques ni les mêmes circuits économiques. Une des bases de l’intermittence dans le spectacle, le cinéma, l’audiovisuel, c’est la présomption de salariat. Dire que demain les écrivains et les plasticiens deviendraient des salariés ne serait pas réaliste et serait surtout dangereux. Pour autant, cela ne doit pas nous conduire à maintenir des cloisonnements alors que les arts s’hybrident et se métissent, que les disciplines se rencontrent et fusionnent, écriture, spectacle vivant, jeux... Une fois le système de l’intermittence remis sur pied et les blessures soignées, j’ouvrirai très vite avec l’ensemble des partenaires le chantier de l’emploi culturel avec toutes les professions. Je crois en particulier qu’il faut que nous réconciliions le droit du travail et le droit de la propriété intellectuelle comme nous avons su le faire dans les années 80 en reconnaissant les droits des interprètes.

Je souhaite la valorisation des gisements nombreux d’emplois culturels de la maternelle à l’université, dans les nouvelles technologies et la médiation culturelle. La rénovation des universités passera aussi par la culture : il faut mieux équiper les campus et favoriser les pratiques artistiques de tous les élèves et les étudiants.

Aux Etats-Unis, il existe un tiers secteur très fort, ne pourrait-on pas imaginer créer en France aussi un statut d’organisation non profit qui serait soumise à d’autres règles juridiques, sociales et fiscales ?

D’abord je veux renouer avec l’audace de ceux qui avaient porté l’exigence que le budget de la culture atteigne 1% du budget de l’Etat. Si je suis élue, la culture sera une de mes priorités budgétaires : je redonnerai à la culture les moyens qu’elle avait durant les meilleures années des gouvernements de gauche. Les entreprises de l’économie sociale et solidaire y auront aussi leur place.

Je veux, aussi, relancer la décentralisation culturelle, en renouant avec l’esprit de 1982. Aujourd’hui, les communes, les départements, les régions, les structures intercommunales, sont devenus les premiers financeurs de la culture. Ces dernières années, des politiques culturelles locales ambitieuses et novatrices se sont souvent substituées à un Etat silencieux, voire défaillant.

Je n’entends pas être la Présidente d’un Etat qui se défausse sur les collectivités territoriales. Dans le domaine des arts et de la culture, je veux un Etat fort, attentif, impliqué. Mais qui permette, aussi, aux régions, aux départements, aux villes, d’avoir une réelle capacité d’initiative, en leur donnant les moyens financiers et humains de porter de nouveaux projets, et de participer concrètement à l’aménagement culturel de nos territoires.

Complémentarité des rôles, responsabilités partagées : c’est aussi cela, un véritable service public de la culture, tel que le souhaitait Jean Vilar. Je souhaite lui redonner une puissance sans précédent, artistique, politique, institutionnelle et budgétaire. A la tête de ma région, j’ai doublé les crédits destinés à la culture pour soutenir l’emploi culturel dans la production et la diffusion des créations, pour mettre en place dans chaque lycée un projet culturel, pour créer dans chaque lycée un poste d’animateur culturel, pour soutenir les festivals ; et en contrepartie des subventions régionales, j’ai demandé aux festivals et aux salles de spectacle de la Région d’offrir des places à des gens qui habituellement n’ont pas accès à la culture. J’ai aussi lancé une politique de soutien à la création plastique qui favorise l’insertion et la promotion des plasticiens en leur garantissant le droit de présentation ; un Plan Arts de la Rue, un Plan Art Roman ; j’ai consolidé le soutien au spectacle vivant et au cinéma.

Je suis très attachée au rôle des associations, dont la mission d’éducation populaire est irremplaçable. Il faut encourager et développer leur travail remarquable pour garantir l'égalité d'accès de tous les citoyens à la culture, partout où ils expriment leur soif de musique, de théâtre, de danse, de cinéma, d’opéra, de littérature, de peinture, de poésie.

Je ne crains pas de l’affirmer : c’est aussi la responsabilité du politique que de permettre à chacune et chacun de faire l’expérience du plaisir des sens, de l’émotion esthétique, de la découverte de la beauté. Et pas seulement dans les musées ou dans les « beaux quartiers » mais aussi dans les lieux où l’art a plus de peine à rentrer. Les associations ont par exemple un rôle à jouer dans l’amélioration de la vie dans les maisons de retraite, elles font un travail remarquable dans les prisons où elles introduisent de l’humanité.

La politique culturelle de demain devra garantir la pérennité de leur financement, et la régularité de celui-ci. Il n’est pas normal que les subventions publiques financent des agios bancaires tout simplement parce que les subventions ne sont pas versées en temps et heure.

Vous semblez adopter une approche pragmatique de la culture, l’alternative entre politique en direction de la création et politique en direction des publics serait-elle une fausse alternative ?

Que vaudrait une politique culturelle qui aiderait les créateurs sans penser à ceux à qui ils s’adressent, qui prétendrait s’intéresser aux publics en oubliant les artistes ? Ce serait absurde. Je n’ai pas une vision technocratique de la politique culturelle. Il y a une alchimie merveilleuse lorsque la subjectivité d’un artiste rencontre la sensibilité de son prochain. Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement l’accès illimité, mais le choix éclairé. Nous avons le devoir d’agir pour éviter que la profusion n’efface les frontières entre l’art et le divertissement, entre les produits marchands et les biens culturels. Pour empêcher que les besoins artificiels se substituent aux valeurs essentielles, que les citoyens se perdent dans un monde virtuel sans repères ni critères.

Permettez-moi d’évoquer la dimension internationale et européenne de la politique culturelle que je souhaite. Cette «Europe par la preuve » que je veux bâtir, ce sera aussi, l’Europe de la culture et de l’audiovisuel. Je défendrai la règle de l’unanimité pour garantir l'exception et la diversité culturelles, contrairement à la droite qui est favorable à la règle de la majorité qui signifierait la mort de l’exception culturelle. J’encouragerai la coopération avec les pays du sud et notamment méditerranéens pour soutenir toutes les formes de création. Le cinéma africain a des liens étroits avec le nôtre : nous devons les approfondir : quel meilleur exemple que le film franco-malien d'Abderrahmane Sissako, Bamako !

La culture c’est aussi un enjeu européen, c’est même le cœur battant de cette grande aventure. Comme l’écrivait Fernand Braudel : « la culture est la langue commune de l’Europe ».

Je veux porter cette ambition !

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08 novembre 2006

Appel des militants et sympathisants

Amis socialistes et sympathisants de gauche

Quel que soit leur résultat, les présidentielles de 2007 marqueront un tournant décisif de notre république.

Les Français désespèrent de la politique. Ils veulent un changement profond des pratiques démocratiques, des politiques menées, des personnes qui les conduisent. Sous couvert d’efficacité, ce changement peut prendre la forme d’une acceptation sans frein de l’horreur économique, d’atteintes de plus en plus graves aux libertés, d’un alignement sans honneur sur le bellicisme de la puissance dominante. Telle est la voie que nous propose la droite UMP, cette même droite qui nous tire vers le bas depuis trop longtemps.

Mais une autre politique est possible. Une politique capable de promouvoir des sécurités nouvelles et une vraie égalité des chances afin de permettre aux Français d’affronter sereinement les défis du monde d’aujourd’hui, hors de toute démagogie et de tout renoncement. Une politique de l’excellence économique, environnementale et sociale, qui installe enfin la France dans le 21ème siècle. C’est l’honneur et la responsabilité du PS de la porter à travers son projet. C’est son devoir de la rendre possible en proposant aux Français la candidature qui emporte leur adhésion.

Selon nous, militants socialistes, notre meilleure chance s’incarne en Ségolène Royal. Elle porte le désir d’avenir d’un grand nombre de Français qui ne croyaient plus en la politique. Parce qu’elle est une femme, mais surtout parce qu’elle invente une autre façon de faire de la politique, à l’écoute des gens, en mobilisant l’intelligence des citoyens. Elle incarne le renouveau et la modernité à l’âge d’Internet. Parce qu’elle fait campagne sur les valeurs d’un ordre juste et d’une république du respect, elle rend la politique à sa vraie finalité. Personne aujourd’hui n’est mieux à même de faire de notre projet socialiste la feuille de route de la république pour 2007. Ne gâchons pas cette occasion inespérée. Les Français ne nous le pardonneraient pas. 

Pour Ségolène Royal à la Présidence d’une République participative et solidaire.

Vous pouvez marquer votre accord avec cet appel en indiquant vos nom, prénom(s), commune et fonction élective directement sous forme de commentaire ou par mail philippe.gailhardis@wanadoo.fr

Premiers signataires :

Bures-sur-Yvette :  G. Bonneville (secrétaire de section et Maire honoraire), J. Bonneville, J. Brillant, D. Carbotti, M. Cassan, M-F. Chevallier, J-L. Gardeau, V. Grass, B. Hounkpatin, R. Level,  O. Lyon, M-L. Merckel, K. Mihoubi, J. Pelade (maire-adjoint), M. Siebierski, A. Souche (ex-premier adjoint), C. Stobinsky

Chilly-Mazarin : P. N'Guema (animateur socio-culturel)

Dourdan : P. Pigache (maire-adjoint)

Epinay-sur-Orge : C. Jouan (secrétaire de section)

Igny : P. Purenne (conseiller municipal)

Les Ulis : J-M. Sattonnay (professeur), A. Victor

Massy : A. Ollier, M. Trégret

Orsay : A. Foret, N. Foret, P-M. Guyon (directeur de recherches au CNRS), J-Y. Henri

Palaiseau : G. Béréziat (Président honoraire de l'Université Pierre et Marie Curie)

Savigny-sur-Orge : A. Auclair, Y. Chartier, L. Derains, A. Germain-Sattonnay, M. Jacquemard, P. Jacquemard, C. le Négaret (importatrice d'objets d'art), E. Roze des Ordons (élue municipale), J. Roze des Ordons,

Verrières-le-Buisson : F. Caroff (ex-conseiller municipal), F. Ménage (ingénieur)

Villebon-sur-Yvette : N. Bathias, J-J. Bonnord, E. Carey-Gailhardis (ingénieur CNRS), T. Chaumeil (secrétaire de section, conseiller municipal), C. Couvreur (conseillère municipale),  P. Gailhardis (journaliste), J. Khelifi

Yerres : N. van der Meulen (officier de marine retraité)

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18 octobre 2006

Les élus de Poitou-Charentes soutiennent Ségolène

Des gens "bien intentionnés" font courir le bruit, y compris dans une presse peu réputée pour être de gauche, que Ségolène n'aurait pas le soutien des élus de sa région. Ceux-ci ont tenu à rétablir la vérité...

Pourquoi Ségolène Royal reste durablement populaire

L'envolée de Ségolène Royal dans les sondages a deux origines: son élection à la présidence de la région Poitou-Charentes, en mars 2004, puis sa candidature à l'élection présidentielle dont la presse a commencé à se faire l'écho à l'automne 2005. Mais la classe politique, sourde et aveugle, n'a rien vu venir.

Le site de la Sofres à propos de la popularité des femmes et hommes politiques est riche d'enseignement. Avant l'élection régionale, la popularité de Ségolène Royal, comme celle de toutes les personnalités du PS ayant gouverné, était en train de s'effriter. Elle est remontée en flèche après le résultat des élections régionales où la gauche avait raflé la quasi-totalité des régions. Des raisons simples à cela. En battant la protégée de Jean-Pierre Raffarin, Elisabeth Morin, sur ses terres de Poitou-Charentes, Ségolène Royal devenait tout à coup emblématique, non seulement de la victoire de la gauche, mais aussi de la leçon infligée au premier ministre. Tous les observateurs s'accordaient en effet à constater que la victoire de la gauche était aussi un vote de rejet contre Raffarin, lequel était déjà usé jusqu'à la corde. Dans les premiers mois de sa présidence, Ségolène Royal a su marquer sa différence avec la politique régionale du premier ministre, en réduisant les dépenses, en premier lieu de communication, la maison régionale Poitou-Charentes à Paris, les équipes de certaines associations ou organisations satellites, etc. Dans le même temps, elle mettait en place ses propres idées, à commencer par la fameuse « démocratie participative », qu'elle expérimente depuis 2 ans dans les lycées.

Quand sa candidature à la présidentielle est devenue probable, les médias se sont emparés de l'hypothèse. Quels peuvent être les ressorts de cette mise en avant ? Déjà, Ségolène Royal avait été redécouverte et avait bénéficié d'une large couverture lors des élections régionales. Deuxièmement, Ségolène Royal apparaissait comme une personnalité « neuve » en politique, ce dont raffolent les journalistes et... les électeurs, qui depuis des années n'ont eu de cesse de renvoyer les équipes dirigeantes à chaque élection. En face, Nicolas Sarkozy se prétend serein face à Ségolène Royal, mais son entourage  ne cache pas qu'elle fait des ravages dans les propres rangs de la droite.

Certains se sont demandés si ce capital d'image qui reposait sur deux leviers, la région et les médias, n'allait pas s'éroder. Mais il tient bon.  La région tout d'abord. En deux ans, Ségolène Royal a tenu ses promesses : gratuité des manuels scolaires, animateurs culturels dans les lycées, relance du TER, … Elle a mis en place, sous les quolibets des grands spécialistes politiques, le budget participatif des lycées, qui a ranimé une communauté éducative souvent apathique. Et surtout elle a défini une priorité très forte, l'excellence environnementale. Toutes les politiques régionales sont construites sur cette base : agriculture (promotion de l'agriculture biologique), développement économique (création du pôle de compétitivité des éco industries), éducation (premier lycée Kyoto autonome en énergie), etc…

Naguère snobée par les notables, là voila soutenue par la quasi-totalité des maires de gauche (Maxime Bono, maire de la Rochelle, Alain Mathieu, Président de l'agglomération niortaise, Joël Tondusson, Maire de Châtellerault, Bernard Grasset, Maire de Rochefort, Alain Baudin, Maire de Niort, …) à l'exception de l'inusable fabiusien Jacques Santrot, maire de Poitiers. Elle bénéficie du soutien d'une large majorité de conseillers généraux socialistes. Dans sa propre équipe au Conseil Régional, seul le jospinien inconsolable J.F. Fountaine fait défection. Les Verts cachent à peine leur soutien inconditionnel, et même les communistes disent en privé qu'ils espèrent ardemment son élection à l'Elysée.

La Fédération socialiste de la Vienne, jusqu'alors acquise à Laurent Fabius, a basculé dans son camp à l'occasion du débat sur le traité constitutionnel européen.

Les médias continuent à la mettre en avant, mais sans l'épargner outre mesure. Certains auteurs s'efforcent de l'atteindre en rappelant les difficultés rencontrées par Ségolène Royal lors de son implantation en terre deux-sèvrienne. Mais ils ne font que souligner davantage le caractère trempé de la députée des Deux-Sèvres, constamment réélue depuis 1988 même quand le contexte était défavorable à la gauche.

Enfin, l'idée de nouveauté que le personnage inspire s'installe durablement. Malgré les hordes de journalistes dépêchés à Poitiers par les médias, majoritairement favorables à la droite, en vue de « ramener quelque chose sur Ségolène », la Présidente du Conseil Régional continue à incarner le changement à gauche. Elle pilote souverainement l'assemblée régionale, apportant à chaque séance des projets nouveaux sur l'éducation ou « l'après-pétrole ». L'opposition UMP reste atone, laissant au Front National la seule expression critique, comme le relève Claude Lévy dans son livre sur Ségolène Royal et Martine Aubry intitulé « L'une enchante, l'autre pas ». Jean-Pierre Raffarin essaie bien de décocher quelques flèches de l'extérieur, mais ses amis du Conseil Régional, Elisabeth Morin, qui lui succéda quelque temps, le sénateur Henri de Richemont ou encore le fidèle raffarinien Dominique Clément se montrent incapables de toute contestation ni de toute contre proposition au sein de l'assemblée régionale..

Les Français attendaient une offre politique nouvelle. Les dirigeants historiques de la gauche, pétrifiés par l'échec du 21 avril, n'ont pas su y répondre. C'est donc une nouvelle venue, ignorée par les élites parisiennes, qui a su l'incarner et ainsi gagner la confiance populaire. Certains ont bien du mal à l'admettre, mais pourquoi n'ont-ils pas réagi plus tôt ? Pourquoi avoir tardé à intégrer dans leur démarche politique l'extraordinaire soif de participation citoyenne, qui s'est exprimée notamment pendant la campagne référendaire ? Pourquoi remettre à plus tard la question environnementale ? Pourquoi se contenter de discours globalisants, alors que les Français attendent des réponses concrètes, pas des promesses de miracles auxquels ils ne croient plus ?

Sous le vent du cyclone, le Parti Socialiste est quelque peu bousculé. Les repères bougent, les fractions éclatent. Enfin, la rénovation réclamée par Arnaud Montebourg devient possible. C'est insupportable pour les écuries présidentielles qui se préparent depuis le début des années 90. Mais c'est vécu positivement par beaucoup de Français de gauche qui attendent depuis si longtemps que l'on se penche vraiment sur leurs problèmes et qui aimeraient retrouver un peu le goût de l'espoir.

Posté par GULLIVER à 18:16 - Pourquoi Ségolène - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 octobre 2006

Claire-Lise Campion, sénatrice de l'Essonne, soutient Ségolène

Voici le texte motivant sa prise de position :

Mardi 3 octobre seront clos les dépôts de candidatures socialistes pour les prochaines élections présidentielles.

Après 5 années de gouvernement Chirac-Sarkozy-Villepin, la France a besoin de vrais changements et, afin d’éviter un nouveau 21 avril, le Parti Socialiste doit pouvoir présenter aux Français un véritable choix de société. Avec leur projet, les socialistes expriment une réelle volonté de transformation sociale dans une économie mondialisée.

Mais cela doit être porté par un candidat crédible et convaincant.

Face à cela, Claire-Lise Campion, Sénatrice de l’Essonne, a décidé de rejoindre les sénateurs socialistes qui ont déjà apporté leur soutien à Ségolène Royal.